– Lutter contre les violences faites aux femmes #5 : En Côte d’Ivoire, avec Sylvia Apata

Tout au long des 16 jours d’activisme pour mettre fin aux violences faites aux femmes, Equipop interviewe ses partenaires sur leurs actions de lutte contre les violences basées sur le genre.

Sylvia Apata est Secrétaire exécutive de l’organisation des Citoyennes pour la Promotion et la Défense des Droits des Enfants, Femmes et Minorités (CPDEFM), juriste, experte en droits humains et enseignante vacataire en relations internationales. Elle est également cyberactiviste : son blog lui permet de sensibiliser des milliers de personnes en dénonçant les discriminations et les violations des droits que subissent les femmes, et en particulier les femmes africaines. Depuis 2019, elle est le point focal, en Côte d’Ivoire, du Réseau international des droits humains (RIDH). Elle compte également parmi les membres du Réseau Jeunes Féministes d’Afrique de l’Ouest.

Quels sont les enjeux actuels liés aux violences faites aux filles et aux femmes en Côte d’Ivoire?

Au niveau de la Côte d’Ivoire, les enjeux les plus actuels et les plus importants pour moi sont les violences conjugales, parce qu’on a constaté, comme partout dans le monde, une explosion des cas des violences domestiques pendant la pandémie Covid-19. En réalité, ces violences étaient déjà présentes, mais le confinement a permis de les rendre visibles, par des voisins par exemple. Autre constat : les nombreux cas de violences sexuelles, de viols et de pédocriminalité signalés au cours de cette période de pandémie.

Comment luttez-vous contre ces violences ?

Nous avons mené une enquête sur les violences domestiques, les féminicides, le viol, la pédocriminalité et l’accès aux contraceptions pendant le confinement. Nous avons fait des entretiens directs, interrogé les gens dans les rues, dans les commerces, devant les maisons et dans des administrations. Ce qui est sorti de cette enquête, c’est que les femmes étaient oubliées par les mesures prises dans le contexte Covid-19. Les questions de protection des droits des femmes et la santé sexuelle et reproductive ont été laissées pour compte. Par exemple, de nombreuses femmes n’ont pas eu accès à la contraception pendant le confinement.

A partir des données recueillies, nous pourrons mener un plaidoyer stratégique et puissant et demander des mesures concrètes pour que la situation des femmes s’améliorent. Il faut plus de centres d’hébergement et une prise en charge psycho-sociale des survivantes.

Parallèlement, il faut un volet économique. La pauvreté fait partie des violences faites aux femmes et aux filles. Les femmes qui sont victimes de violences conjugales sont souvent dans une relation de dépendance économique avec l’auteur de ces violences. Si on veut lutter contre ces violences, il faut donner les moyens aux femmes pour qu’elles soient autonomes, libres et puissent disposer d’elles-mêmes. Concrètement, il faut développer des Activités Génératrices de Revenu (AGR) pour ces dernières. Les fonds ou (micro-)crédits sont souvent liés à un grand endettement des femmes. Les  conditions de remboursement sont trop lourdes. Il faut que le gouvernement fasse en sorte que les banques permettent aux femmes d’avoir des crédits aux conditions de remboursement plus faibles et qu’ils soient accompagnées d’une aide à la gestion et à la comptabilité des finances.

Quels messages de plaidoyer portez-vous aujourd’hui ?

En Côte d’Ivoire le viol conjugal est mal légiféré dans le Code pénal. Avant la réforme de 2019, il n’y avait même pas de définition légale du viol mais avec la réforme, le viol est mieux définit.

Aujourd’hui, en Côte d’Ivoire, une femme mariée est toujours perçue comme consentante. Cette présomption de consentement doit être changée dans le Code pénal. Et comme la CEDAW (Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes) le demande, il faut qu’il y ait un régime juridique spéciale pour les violences faites aux femmes et aux filles.Il est important de noter que ce sont les jeunes femmes activistes qui ont commencé à parler des violences domestiques. Il faut encourager ces jeunes féministes ivoiriennes qui, comme moi, ont le courage de dénoncer. Au niveau national, il faut nous accompagner et nous protéger. Nous recevons de nombreux encouragements pour notre travail, mais également des menaces de viol parfois de mort. Nous avons besoin que la sécurité des défenseuses des droits des femmes soit assurée.

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