– Après Lyon, appliquer concrètement l’approche genre à la lutte contre le sida

– Après Lyon, appliquer concrètement l’approche genre à la lutte contre le sida

Les 9 et 10 octobre, la France a accueilli la 6e reconstitution du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Dans son discours, le Président Emmanuel Macron a rappelé que “nous ne vaincrons définitivement le sida que si nous agissons aussi pour l’égalité entre les femmes et les hommes”. En tant que donatrice historique du Fonds mondial et dans la perspective du Forum Génération Egalité, la France doit agir conjointement sur ces deux fronts.

La conférence, sous le leadership de la France et grâce au travail de la société civile partout dans le monde, a permis d’atteindre l’objectif financier fixé par le Fonds mondial un an plus tôt, en réunissant 14 milliards de dollars pour les trois années à venir. Cette somme, qui pour beaucoup d’ONG correspondait à un seuil minimal de réussite, permettra de poursuivre les programmes du Fonds mondial, y compris dans la région ouest-africaine.

La mobilisation financière est cruciale pour éviter un rebond des pandémies mondiales. C’était une première étape, le défi a été relevé et le résultat mérite d’être applaudi, car sans ressource, pas de politique ni de programme, pas de prévention ni de soins. Et nombreuses sont encore les personnes qui attendent d’avoir accès à des outils de prévention et à des soins qui existent pourtant.

A Lyon, il y eut aussi ces paroles fortes de la jeune Ougandaise Amanda Dushimé, membre du réseau “Grandir Ensemble” : « Nous devons faire partie intégrante des réponses du Fonds mondial en tant que leader et partenaires égaux ». Et voilà un nouveau défi qui se pose. Car c’est une chose – et une très bonne chose – qu’une jeune fille ouvre une réunion comme celle-ci, marquant enfin la reconnaissance du fait que les voix des femmes et des filles comptent, c’en est une autre de lever les blocages à tous les niveaux pour permettre leur pleine participation à la construction et à la mise en oeuvre des actions. Les institutions et politiques ne sont pas des faits spontanés. Elles trouvent leurs origines dans les rapports de pouvoir qui traversent nos sociétés, rapports fortement inégalitaires contre les femmes et les filles. 

Passer rapidement à une phase opérationnelle

Le Fonds Mondial ne fait pas exception. Il est plus que temps de regarder cette réalité en face et, même si des cadres stratégiques et des outils pertinents existent pour agir sur ces inégalités, leur déclinaison opérationnelle est loin d’être convaincante. D’un côté, les femmes et les adolescentes vivent des réalités spécifiques encore trop peu prises en compte dans les politiques et les programmes. De l’autre, leur place dans la construction des réponses n’est pas reconnue. Tantôt désignées comme les coupables par qui arrive le mal, tantôt comme les victimes qui méritent de la compassion, tantôt comme les héroïnes qui font des miracles avec trois bouts de ficelle, elles ne sont pourtant ni victimes, ni coupables, ni héroïnes. Elles ont des droits qu’il s’agit de respecter. La lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme est aussi la leur et pour cela elles ont besoin d’appui et de ressources. 

A trois semaines du prochain Conseil d’administration du Fonds mondial, il faut déjà se projeter dans la phase opérationnelle que  ces 14 milliards de dollars. La Suède, par la voix de son Ministre du développement et de la coopération internationale, a déjà donné le ton : en augmentant sa contribution financière au Fonds mondial, elle attend de ce dernier qu’il intègre davantage les aspects de genre ainsi que les droits et la santé sexuels et reproductifs (DSSR) dans ses programmes. La France, qui défend une diplomatie féministe depuis plus d’un an maintenant, pourrait jouer un rôle similaire. Au-delà des mots introductifs du Président, elle doit participer à l’accélération de la dynamique, et intégrer cet agenda de lutte contre le sida dans les travaux qui mèneront au Forum Génération Egalité qui se tiendra en juillet à Paris, pour célébrer le 25ème de la conférence mondiale sur les femmes de Pékin.