– Mutilations Sexuelles Féminines : Remise d’un diplôme aux médiateurs et médiatrices de changement

– Mutilations Sexuelles Féminines : Remise d’un diplôme aux médiateurs et médiatrices de changement

Après une année 2017 marquée par la mise en œuvre de nombreux ateliers de changement de comportements auprès des populations immigrées d’Ile de France, les médiateurs et médiatrices de changement d’Equipop ont reçu leurs diplômes reconnus par la Commission Européenne lors d’une cérémonie organisée en leur honneur le 16 décembre 2017.

 

«En ce qui concerne les mutilations sexuelles féminines, le  changement ne peut se faire que par la communauté elle-même. Le projet est perçu beaucoup plus positivement si des membres de la communauté vont parler à d’autres membres de cette même communauté.  C’est un projet pertinent. »  C’est en ces termes que la médiatrice R. Sissoko s’est exprimée sur son expérience du projet Change Plus.

 

Un projet source d’empowerment pour les médiateurs et médiatrices

 

L’objectif du projet de former des personnes-ressources dans les communautés qui continueront à informer et orienter au-delà du temps du projet a ainsi été atteint. En effet, les projets visant le changement d’attitude et de comportement en matière de santé et droits des femmes sont financés sur des temps courts. A titre d’exemple, Change Plus a été financé et déployé sur deux (2) ans. Or le changement de comportement est un processus long, qui nécessite d’être accompagné. Pour contourner cette contrainte, la stratégie du projet a été de miser sur les ressources internes des communautés.

 

D. Ball, médiatrice : « Le projet Change Plus a été une opportunité pour moi d’enrichissement personnel. Ça m’a permis de développer bien des compétences, d’être bien formée, de participer à des actions en France et en Europe et d’être membre d’un réseau. J’ai eu à intervenir à Bruxelles, au Parlement Européen dans le cadre d’une réunion de plaidoyer, et d’être en contact avec des partenaires africains ».

 

« Nous avons reçu une formation qui a renforcé notre expérience en termes de communication, d’approche des communautés et de plaidoyer ». F. Dia

 

Une cérémonie suivie par un panel varié de participants

 

Cette cérémonie de remise de diplômes a rassemblé plus de 45 personnes : familles des médiateurs et médiatrices, participant·e·s aux ateliers, associations partenaires et artistes.

 

Pour apporter de nouvelles pistes de réflexion, la conférencière et écrivaine, Halimata Fofana, auteure de « Mariama, l’écorchée vive », éd. Karthala est intervenue sur le thème « Excision et Identité ».  Selon Halimata Fofana, on ne peut pas dissocier l’excision de la question de l’identité : « Quand on excise les petites filles, c’est pour leur montrer leur appartenance. On leur montre qu’elles font partie d’un groupe, d’une communauté. Et quand on devient adulte, on se demande si on est normal. On se sent à moitié femme ou pas tout à fait femme. Il y a un vrai travail de reconstruction à faire. En recourant à la chirurgie, les femmes cherchent à redevenir comme les autres. »

 

De nombreux échanges ont suivi sa présentation. Les questions et contributions des participants ont porté entre autres sur le vécu des femmes excisées, une des participantes, victime de la pratique n’hésitant pas à parler de “handicap”; excision et religion et le rôle fondamental des leaders religieux pour l’abandon de la pratique; l’importance de la prise en charge psychologique dans le processus de réparation chirurgicale.

 

Un journaliste sénégalais a recueilli des témoignages pour alimenter un audio documentaire dans le cadre des actions passerelles ou “Building Bridges” entre l’Europe et l’Afrique. La démarche “Building Bridges” soutenue par l’UNFPA et l’UNICEF prône “une approche durable,  communautaire et multisectorielle de renoncement à ces pratiques [néfastes à la santé des femmes dont l’excision], l’objectif final étant leur éradication d’ici une génération”. D’après la même source, la lutte contre l’excision nécessite une approche coordonnée et collective. L’importante diaspora venant des pays d’Afrique de l’Ouest vivant en Europe doit être mobilisée pour l’abandon des pratiques néfastes dont l’excision. Les personnes immigrées ont une influence sur leurs familles en Afrique avec qui elle sont de plus en plus en lien grâce au développement des technologies de la communication. Elles peuvent transmettre les savoirs acquis en Europe. Les populations immigrées sont à leur tour informées d’évènements en cours dans les pays d’origine tels que les cérémonies d’abandon et les prises de position progressistes de leaders communautaires montrant ainsi qu’il y a des évolutions sociales et culturelles là-bas également.

 

Revenant sur leur engagement, les médiateurs et médiatrices ont formulé le souhait de continuer le travail entamé dans les communautés aux côtés d’Equipop. »J’espère que nous allons continuer à transmettre notre savoir pour arriver à l’abandon définitif de l’excision ». A. Kane