Vers des agendas féministes Paix et Sécurité au Tchad : cinq jours pour renforcer et transformer

Projet « Pour des agendas féministes Paix et Sécurité – Africaines de l’Ouest et du Sahel solidaires pour la paix » – Consortium : EQUIPOP – DIAKONIA – FAD – Institut Gorée (GORIN) | Financement : Agence Française de Développement (AFD) – N’Djaména, Tchad | Hôtel Persévérance | Juin 2026

Une urgence politique et féministe

Au Sahel et en Afrique de l’Ouest, les crises et les conflits ne frappent pas tout le monde de la même façon. Les femmes et les jeunes subissent de plein fouet les violences sexistes et sexuelles, l’exclusion des cercles de prise de décision et la précarisation économique. Et pourtant, ce sont aussi elleux qui tiennent les communautés debout. Ce sont elleux qui négocient, qui reconstruisent, et qui consolident ; souvent sans reconnaissance, sans ressources, et sans visibilité.

C’est cette contradiction que le projet régional « Pour des agendas féministes Paix et Sécurité – Africaines de l’Ouest et du Sahel solidaires pour la paix » entend transformer. Porté par le consortium EQUIPOP – DIAKONIA SWEDEN – Femmes Actions et Développement – Gorée institut, avec le soutien de l’AFD à travers le Fonds de Soutien aux Organisations Fémnistes (FSOF), il intervient dans six pays dont le Tchad, pour empouvoirer les acteur.ice.s de paix avec une exigence rare : dépasser la lecture institutionnelle des résolutions 1325 et 2250 pour les habiter d’une perspective féministe.

Renforcer les capacités féministes pour une paix transformatrice au Tchad

Il ne suffit pas de connaître les textes. Il faut les habiter.

C’est cette conviction qui a réuni du 1er au 5 juin 2026 à N’Djamena, lors d’un atelier de formation de formateur.ice.s sur les approches et le plaidoyer féministes, 30 participant·e·s femmes et jeunes militant·e·s, responsables d’OSC locales [(Ligue Tchadienne des Droits des Femmes (LTDF), Maison d’Assistance aux Victimes de Violence (MAVI), Salama Peace Iitiative, Réseau des Jeunes pour le Développement et le Leadership au Tchad (RJDLT), Women Success et Association des Femmes Juristes du Tchad (AFJT)], et expert·e·s genre d’Afrique de l’ouest intervenant sur les thématiques des agendas femmes, jeunesse, paix et sécurité.

Qui sommes-nous, et d’où parlons-nous ?

Parce que le féminisme ne commence pas dans les textes, mais dans les corps, les expériences, les cicatrices et les résistances, la revue des cadres juridiques et institutionnels internationaux, régionaux, nationaux et communautaires ancrant les agendas FJPS dans la réalité tchadienne ont révélé à la fois leurs leviers et leurs limites. 

En mettant en lumière les liens entre parcours individuels, enjeux structurels et engagement militant ; en comprenant mieux certaines notions telles que l’intersectionalité, la réflexivité ou encore la positionnalité ; et en décortiquant le titre de l’essai de Carol Hanisch “le personnel est politique”, la conscience collective que les rapports de domination et les systèmes d’oppression dans toute leur complexité s’additionnent, se croisent et se renforcent s’est accrue.

En revenant sur les théories féministes qui résonnent avec des noms, des histoires, et des racines aussi chez chacun.e de nous, il a été possible de réfléchir ensemble sur les causes, origines et effets des rapports de pouvoir, des normes et stéréotypes de genre, ainsi que de la place des femmes et des jeunes dans les espaces privés et publics de nos sociétés. Taxer la revendication de l’égalité en droits, opportunités et statuts de néo-colonialisme, c’est nier nos propres histoires de luttes féministes et décoloniales.

Se lever, parler et convaincre pour influencer le changement 

La question de savoir comment mieux faire entendre les voix des femmes et des jeunes, là où les décisions se prennent s’est posée. 

Les échanges et travaux des participant.e.s sur les techniques, outils et principes d’un plaidoyer SMART, inclusif et qui ne nuit pas, intégrant des approches basées sur les droits humains, l’égalité de genre et le féministe sont revenus sur le rôle incontournable des OSC de femmes et de jeunes comme acteur.ice.s stratégiques du changement.

Outre l’approfondissement des savoirs mutuels, les partages d’expérience et de pratiques, et la co-construction de pistes d’actions de plaidoyer, la méthodologie participative et inclusive de l’atelier a valorisé l’intelligence collective, tous les savoirs, y compris endogènes, et le réseautage. Une approche cohérente avec le féminisme lui-même, qui reconnaît la somme des expériences vécues comme une source de connaissance située légitime et indispensable.

L’atelier a été conclu par la remise des certificats, des modules utilisés et l’engagement solennel de chaque participant.e.s à restituer ces contenus en cascade auprès de ses partenaires, organisations et réseaux respectifs.

Des théories à l’action, une paix plus durable et inclusive est possible

Repartir, ou plutôt « répartir » de plus belle

Pour les participant.e.s, les approches féministes ne sont plus une idéologie abstraite et/ou importée de l’occident, mais un outil d’analyse des systèmes d’oppression (patriarcat, colonialisme, capitalisme, etc.) et de leurs effets concrets sur les vies, en particulier celles des personnes les plus vulnérabilisées et marginalisées comme les femmes et les jeunes. « En chaussant ses lunettes féministes, on co-construit des stratégies d’intervention et de transformation plus pertinentes, impactantes, inclusives et durables, notamment dans le cadre de nos actions de plaidoyer, et pour tous nos projets en général ».

Une autre paix est possible et ELLES y contribuent déjà

Vingt-cinq ans après la Résolution 1325, et dix ans après la Résolution 2250, les obstacles restent réels : manque de priorisation politique, financements insuffisants, barrières socio-culturelles, persistance voire accroissement des crises et des conflits ainsi que des violences sexistes et sexuelles. Mais ces cinq jours d’atelier à N’Djamena l’ont rappelé : il existe une pensée féministe africaine vivante, incarnée, qui refuse les définitions patriarcales imposées de la paix et de la sécurité. Qui réclame une transformation réelle des inégalités.

Une paix féministe, décoloniale et africaine ne se décrète pas dans les couloirs des Nations Unies et uniquement dans des plans d’action nationaux. Elle se construit dans nos villes et nos villages, dans nos ministères et nos communes, dans nos écoles et nos maisons ; ici, maintenant et collectivement avec les femmes et les jeunes qui n’attendent plus la permission mais se hissent, agissent et exigent !

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