Un quart de siècle après l’adoption de la Résolution 1325, les initiatives féministes locales au cœur de la construction de la paix 

Si la Résolution 1325 était une personne, elle serait une jeune femme d’une vingtaine d’années, engagée et résolument tournée vers l’action. Adoptée à l’unanimité le 31 octobre 2000 par les membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies, la Résolution 1325 a marqué un tournant en reconnaissant l’impact spécifique des crises et conflits sur les femmes, ainsi que leur rôle incontournable dans la prévention et la résolution des conflits. Portée par les mobilisations de femmes du monde entier en général et d’africaines de toutes les régions en particulier, de la Mano River aux Grands Lacs en passant par le Sahel, la R1325 constitue aujourd’hui le socle de l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité.

Aujourd’hui, de nombreux·ses acteur·rices d’Afrique de l’Ouest et du Sahel donnent vie à cet Agenda à travers des initiatives en faveur des femmes et des jeunes comme l’illustre le projet « Pour des Agendas féministes, Paix et sécurité _ Africaines de l’ouest et du Sahel solidaires pour la paix », soutenu par l’AFD et mis en œuvre par le consortium Equipop, FAD, Diakonia Sweden et Gorée Institut.

En effet, depuis trois ans, des organisations de la société civile dans sept pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Niger, Tchad, Togo et Sénégal) ont lancé des initiatives de vulgarisation de l’agendas FPS notamment dans les zones sensibles aux crises, de prévention des violences et des conflits notamment aux niveaux communautaires, et d’empouvoirement des femmes et des jeunes pour renforcer leurs droits, amplifier leurs voix et assurer leur pleine participation aux processus de décision. Bien plus qu’un cadre politique, l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité (FPS) apparaît ainsi comme un véritable levier de transformation sociale en faveur de sociétés en paix, justes et durables.

L’une des principales avancées du projet réside dans le renforcement du dialogue entre les autorités publiques et les organisations de la société civile. Dans plusieurs pays, les OSC ont contribué à la révision ou à la mise en œuvre des Plan d’action nationaux (PAN) relatifs à l’Agendas Femmes, Paix et Sécurité. 

Au Bénin, l’organisation d’un Salon national sur les Agendas 1325 et 2250 en 2025 et 2026 a contribué à relancer la réflexion autour du PAN et à renforcer la participation des OSC à son élaboration. Leur mobilisation a conduit le Ministère de la Famille et de la Solidarité à solliciter l’évaluation du PAN première génération (2021) et à recruter un consultant pour la rédaction du PAN nouvelle génération. Aujourd’hui, deux OSC parties prenantes du projet sont membres du comité ad hoc sur l’élaboration de ce PAN. 

Au Togo, le plaidoyer mené par WANEP-Togo, partenaire stratégique du projet, auprès de la Ministre des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance, a contribué à l’adoption du nouveau PAN 2025-2029 pour la promotion de l’égalité de genre et de la paix durable, soutenu par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Par ailleurs, pour la première fois dans la région des Savanes au nord, des organisations de femmes et de jeunes se sont associées dans une Coalition régionale Femmes, Jeunes, Paix et Sécurité pour faire le suivi de la mise en œuvre du PAN, marquant ainsi l’ancrage territorial de l’Agenda.

En Côte d’Ivoire, le Ministre de la Jeunesse ainsi que la Ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant se sont engagés sur l’élaboration du PAN de la 1ère génération de la Résolution 2250 et la mobilisation des ressources pour la mise en œuvre de la 2ème génération du PAN de la Résolution 1325. Et pour les OSC qui travaillent dans les zones du nord reculées, cet Agenda est bienvenu, car il vient libérer la parole et changer l’ordre des choses dans les communautés.

Le Tchad a adopté le 19 janvier 2023 son premier PAN 2023-2027, prolongeant cette dynamique vers le Sahel central et intégrant des dimensions transfrontalières liées à la prévention de l’extrémisme violent, à la participation des femmes aux processus de paix et à la reconstruction post-conflit. Le Ministère de la Femme et de la Petite Enfance (MFPE) a intégré deux organisations féminines du projet au Comité national de Suivi-évaluation de la 1325, instauré pour superviser sa mise en oeuvre. 

Au Burkina Faso, où l’appropriation de l’Agenda FPS par les communautés reste limitée, plusieurs organisations partenaires se sont regroupées au sein du Consortium Plurielles pour renforcer leurs actions de plaidoyer. Elles ont notamment organisé un Forum national à Ouagadougou en août 2026 afin de mieux le faire connaître. Cette dynamique a été saluée par le PNUD, qui a souligné les résultats obtenus et l’appropriation croissante de ses enjeux par les OSC locales, ouvrant de nouvelles perspectives de collaboration.

Au Niger, où le Ministère de la Femme a été supprimé à la suite de la prise de pouvoir par les militaires en 2023, les avancées sur l’Agenda FPS se sont surtout manifestées au niveau local.  Malgré un contexte politique difficile, les organisations partenaires ont poursuivi leurs efforts de sensibilisation en traduisant la Résolution 1325 dans plusieurs langues nationales (Fulfulde, Tamachek et Zarma), afin de faciliter son appropriation par les communautés.

Une étude sur l’agenda FPS menée entre 2025 et 2026 par une équipe de chercheur.e.s féministes sous la coordination du West African Research Center, en collaboration avec le consortium Equipop-FAD-Diakonia Sweden-Gorée Institut, montre que sa mise en œuvre reste confrontée à des défis communs : contexte d’insécurité multiforme croissante, persistance des normes patriarcales et socioculturelles de genre discriminatoires, faible représentation des femmes et des jeunes dans les instances décisionnelles, faible priorisation politique avec ses corollaires (financement limité, système de coordination et de suivi-évaluation multipartenaires inclusif lacunaire, non vulgarisation des textes).

Elle souligne également les limites d’une gouvernance souvent élitiste et descendante, dans laquelle les besoins et les priorités sont définies au niveau international ou national avant d’être déclinées localement, avec peu de marges de contextualisation. Le projet a précisément cherché à renforcer l’appropriation et la mise en œuvre inclusive de cet agenda par les communautés, en particulier  les femmes et les jeunes, ainsi que leurs organisations et mouvements formels et informels locaux, avec un appui financier et un accompagnement technique. Cela a contribué au développement de leurs capacités organisationnelles et opérationnelles, tant en matière de plaidoyer auprès des décideur.euse.s (du local au supranational), qu’en matière de mobilisation sociale ou encore dans leurs initiatives d’empouvoirement des acteur·rice.s de changement sur le terrain. 

Le projet a également permis de promouvoir une lecture davantage féministe et transformatrice de l’Agenda FPS. L’étude recommande ainsi de relire les quatre piliers de la Résolution 1325, Prévention, Participation, Protection, Secours et Redressement, à la lumière des réalités vécues par les femmes. Les initiatives soutenues dans les six pays en offrent plusieurs illustrations.

Une autre caractéristique de ce projet réside dans l’articulation réussie entre les agendas Femmes, Paix et Sécurité (FPS) et Jeunesse, Paix et Sécurité (JPS). En effet, alors que l’agenda FPS a historiquement été porté par une génération de femmes aujourd’hui plus âgées et à l’expérience reconnue, l’agenda JPS s’est principalement concentré sur les jeunes hommes, notamment à travers les questions de prévention de l’extrémisme violent et de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR). 

En créant des passerelles entre les agendas FPS et JPS, et en mettant en réseau les acteur.ice.s d’hier, d’aujourd’hui et de demain, le projet a permis de mieux intégrer les besoins spécifiques et la participation des jeunes filles dans les enjeux de paix et de sécurité. Cette convergence, intégrée à l’ensemble des activités et des initiatives du projet, notamment de plaidoyer, a favorisé une meilleure prise en compte des préoccupations des jeunes filles, en les impliquant davantage dans les processus et espaces de réflexion, élaboration et suivi de politiques et programmes nationaux et locaux, avec l’appui transgénérationnel de leurs ainé.e.s. 

Les femmes et les jeunes sont souvent au cœur des dynamiques de prévention, sans pour autant être reconnues comme des acteur.ice.s de sécurité à part entière. En Côte d’Ivoire, un Club féministe Jeunes, Paix et Sécurité a mené des campagnes de sensibilisation sur les Agendas FPS et JPS et en particulier sur leurs résolutions 1325 et 2250, à l’approche des élections présidentielle et législatives de 2025. Selon les participant.e.s, la diffusion des messages de paix a contribué à prévenir les tensions pré et post électorales dans plusieurs localités.

La participation des femmes et des jeunes aux processus de décision constitue l’un des principaux objectifs des résolutions 1325 et 2250 et suivantes. Au nord du Bénin, des activités de formation et de dialogue communautaire ont renforcé la capacité de femmes et de jeunes filles peulh à participer aux espaces de concertation sur la prévention des conflits et la cohésion sociale, dont elles étaient auparavant largement exclues.

Dans les contextes de crises et de conflits, les femmes et les jeunes sont davantage exposé.e.s aux violences. Cette situation est encore plus exacerbée pour les femmes y compris jeunes réfugiées et déplacées, ainsi que pour celles avec un handicap. Au Burkina Faso, des espaces sécurisés baptisés « SI MIA » qui signifie « Parlons-en » ont été mis en place pour permettre aux femmes d’échanger sur les violences qu’elles subissent et sur leur participation à la gestion des conflits dans leurs communautés.

Une attention particulière est accordée aux femmes et aux filles les plus vulnérables dans les contextes de crise et de post-conflit dans le pilier Secours et Redressement. Dans les différents pays d’intervention, les activités génératrices de revenus (AGR) ont permis à de nombreuses femmes de renforcer leur autonomie économique et de mieux répondre aux besoins de leurs familles. Au Niger, dans la région de Maradi, classée en sensible, près d’une centaine de survivantes de violences basées sur le genre ont bénéficié d’un accompagnement économique à travers la création d’AGR et de formations professionnelles. Au-delà de l’amélioration de leurs conditions de vie, ces initiatives ont renforcé leur confiance en elles et leur capacité à participer à la vie de leur communauté.

Les initiatives mises en œuvre dans le cadre du projet « Pour des Agendas féministes, Paix et Sécurité – Africaines de l’Ouest et du Sahel, Solidaires pour la paix » apportent une réponse concrète à l’une des critiques fréquemment adressées à l’Agenda FPS à savoir son caractère descendant, sans réelle co-construction avec les femmes concernées et sans inclusion de celles les plus vulnérabilisées et à la marge. Les multiples exemples dans les différents pays démontrent au contraire la capacité des femmes, des jeunes et de leurs organisations et mouvements à s’approprier cet Agenda, à l’adapter à leurs réalités et à le traduire en actions et solutions efficaces concrètes et pérennes. 

Vingt-six ans après l’adoption de la Résolution 1325, son ambition demeure plus que jamais d’actualité. Son héritage continue de se construire au quotidien grâce à celles et ceux qui, sur le terrain, en font un véritable levier de transformation sociale. Cet anniversaire est l’occasion de célébrer les progrès accomplis, tout en rappelant qu’aucune paix durable ne peut être envisagée sans la participation effective des femmes et des jeunes femmes, dans leur diversité.

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