Au sein de l’Alliance Féministe Francophone (AFF), portée par Equipop, nous croyons fermement que la réponse au recul des droits se construit collectivement. C’est pourquoi Equipop s’est engagée à mieux comprendre les rouages du plaidoyer au sein de l’Union Africaine. Notre but ? Ouvrir des portes et identifier des leviers d’engagement pour les organisations féministes d’Afrique de l’Ouest et du Centre.
En mai dernier, Equipop a participé pour la première fois au Forum des ONG (du 7 au 9 mai), puis à la session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP, du 11 au 20 mai) à Banjul. Cette mission s’est inscrite dans le cadre d’une délégation de l’Alliance Féministe Francophone (AFF), coordonnée par la FIDH.
Face aux offensives conservatrices qui ciblent les enceintes multilatérales, la participation stratégique de la société civile francophone n’est plus une option, c’est une nécessité. S’approprier les mécanismes régionaux de protection des droits humains est un levier politique puissant. C’est ainsi que nous pourrons transformer les lois nationales et réaffirmer, d’une seule voix, l’universalité des droits fondamentaux de toutes et tous.
Un espace clé pour les droits humains en Afrique
La CADHP constitue le principal mécanisme continental de promotion et de protection des droits humains en Afrique. Créée en 1987, elle est également chargée de superviser et d’interpréter la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (Charte de Banjul) et ses protocoles additionnels, dont le Protocole de Maputo. Ce protocole est un traité central pour les droits des femmes en Afrique, car il interdit notamment les mutilations génitales féminines et le mariage forcé, tout en affirmant explicitement le droit à l’avortement médicalisé.
Malgré une ratification largement répandue, la mise en œuvre du Protocole de Maputo reste inégale, en particulier dans plusieurs pays francophones. En effet, plusieurs États signataires émettent des réserves juridiques officielles (notamment sur l’art. 6 relatif à l’âge du mariage ou l’art. 14 sur l’avortement sécurisé) pour exclure ces obligations de leur droit national, souvent sous la pression de normes coutumières ou religieuses. Ces réserves, cumulées à l’absence de transposition dans les lois locales, créent un écart significatif entre les engagements diplomatiques formels pris par les gouvernements et la réalité vécue par les femmes et les filles, qui restent privées de voies de recours et de protections effectives sur le terrain. Dans ce contexte, la CADHP, en lien avec la société civile, joue un rôle essentiel pour accompagner et interpeller les États, notamment à travers des initiatives visant la levée des réserves.
Les sessions ordinaires de la Commission et le Forum des ONG constituent ainsi des espaces stratégiques de dialogue, de plaidoyer et de coordination entre États, institutions africaines, organisations de la société civile et partenaires techniques et financiers.
Mettre en lumière les enjeux de justice et de réparation pour les survivantes



En partenariat avec la Fondation Denis Mukwege, la délégation AFF était composée de 4 activistes membres du réseau SEMA, Réseau mondial des victimes et survivantes de violences sexuelles en temps de guerre, venues de République centrafricaine, de République démocratique du Congo et du Mali. Elles ont porté la voix et l’expertise des survivantes de violences sexuelles liées aux conflits au sein des espaces panafricains de plaidoyer, notamment à l’occasion d’un évènement parallèle consacré à ce sujet. Cet évènement a mis en lumière les enjeux de justice et de réparation pour les survivantes. En parallèle, a été organisée une exposition artistique composée de portraits et de témoignages de survivantes, pensée comme un lieu de mémoire, de visibilité et de dignité pour les premières concernées.
Cette exposition devait initialement être présentée à la CSW70 de New York en mars 2026 mais avait été reportée, suite aux mesures prises par les Etats-Unis pour limiter la venue de plusieurs activistes sur leur territoire.
Un espace stratégique dans un contexte de pressions croissantes
Face au recul de l’espace civique et aux menaces qui pèsent sur les militantes féministes, investir les instances africaines s’avère de plus en plus stratégique.
Cette première participation vient confirmer que la présence dans les instances continentales permet de renforcer les synergies entre acteurs·ices des droits humains et mouvements féministes, d’amplifier les voix francophones et de mieux articuler les enjeux de droits et santé sexuels et reproductifs (DSSR) avec les cadres africains de protection des droits humains.
La suite ? Intensifier notre présence auprès de la CADHP et consolider nos partenariats pour imposer durablement les approches féministes dans les mécanismes africains des droits humains.