De l’autonomisation économique à la prise de parole publique, en passant par une participation accrue des femmes et des jeunes aux espaces de décision : les expériences de douze organisations féministes et de jeunes, soutenues par Equipop et l’AFD, montrent que des financements souples et des initiatives ancrées dans les réalités locales peuvent contribuer à des changements concrets dans la mise en œuvre des Agendas Femmes, Paix et Sécurité et Jeunesse, Paix et Sécurité.
Du 2 au 4 septembre 2026 à Lomé, douze organisations de la société civile féministe togolaise ont analysé les résultats obtenus dans le cadre du projet « Pour des Agendas FéminiSTES, Paix et Sécurité – Africaines de l’Ouest et du Sahel solidaires pour la paix » et les enseignements qu’elles tirent de l’expérience et de leurs actions, au cours d’un atelier national de capitalisation. Formations, accompagnement individualisé, financements souples et soutien aux initiatives formelles comme informelles : la démarche mise en œuvre par Equipop a permis à chaque organisation d’agir au plus près des réalités locales.
Déployé dans six pays (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Niger, Tchad et Togo), ce projet vise à apporter un appui technique et financier aux acteur·rices de la société civile féministe intervenant sur les Agendas Femmes, Paix et Sécurité et Jeunesse, Paix et Sécurité. Il est mis en œuvre par un consortium réunissant Equipop (cheffe de file), FAD, Diakonia et Gorée Institute, avec l’appui financier de l’Agence française de développement (AFD).
Ce qui a fait la différence ? D’abord, l’engagement, la détermination et le dynamisme des organisations féministes des régions des Savanes, Maritime et Centrale. Ensuite, la démarche retenue par Equipop : des formations sur les approches féministes et sur les agendas FJPS, par exemple ainsi que l’appui à l’auto-diagnostic organisationnel, complétées par un accompagnement individualisé et des financements flexibles, permettant à chaque organisation de les employer en fonction de ses besoins et priorités. Certaines ont choisi de financer leur plan stratégique ; d’autres de renforcer leur soutien aux organisations locales de femmes ; d’autres encore de se doter de matériels et équipements nécessaires à la mise en œuvre de leurs actions .
Autre particularité du projet : son ciblage élargi. Le dispositif ne s’adresse pas uniquement aux OSC formelles. Il accompagne également des mouvements informels et des activistes locales portant un projet féministe pertinent. Cette approche, attentive aux besoins et aux réalités de chaque actrice, contribue à expliquer les changements présentés pendant l’atelier.
Le premier concerne le développement des Activités génératrices de revenus (AGR), qui constituent un levier important de prévention des violences et de renforcement de leur pouvoir d’agir. L’autonomisation financière des femmes peut être perçue par le mari comme un atout lorsqu’elle contribue à améliorer le niveau de vie du ménage, mais elle peut aussi devenir une source de conflit en modifiant les dynamiques des rapports de pouvoir au sein de certains ménages : « Depuis que j’ai rejoint le groupe des femmes qui font des AGR, il y a moins de violence à la maison. Je ramène de l’argent à la maison, ce qui satisfait mon mari. » Au-delà de ces effets sur la vie familiale, l’autonomisation financière peut aussi conduire les femmes à prendre davantage de responsabilités au sein de leur communauté. A Tchaoudjo, dans la région Centrale, une femme ayant développé des AGR dans le cadre du projet est ainsi devenue maire-adjointe de sa commune : un exemple concret d’empouvoirement.
Le deuxième changement concerne la prise de conscience et l’exercice de leurs droits, par les femmes et les jeunes. De nombreux témoignages font état d’une prise de parole plus importante dans les espaces publics, notamment sur les violences sexistes et sexuelles (VSS). À Sokodé, des imams formés à ces questions par les OSC féministes demandent l’âge des futurs époux avant de célébrer un mariage, afin de s’assurer que la jeune femme est en âge de se marier.
Le troisième changement révèle la capacité accrue des OSC à créer des espaces de dialogue entre les jeunes et les autorités publiques sur les enjeux de paix et de sécurité. Au Togo, elles ont trouvé une oreille attentive auprès du directeur de la Jeunesse, qui a participé à plusieurs de leurs rencontres, dont l’événement organisé dans le cadre de la célébration de la R2250. A cette occasion, il s’est engagé à élaborer un Plan d’action national de la Jeunesse avant la fin de l’année 2026. « C’est très important pour nous d’être aux côtés des associations de jeunes, de les rencontrer, de les écouter et de voir leurs difficultés, afin que nous puissions vraiment toucher du doigt les réalités. On fait des diagnostics, mais, la plupart du temps, ces diagnostics ne sont pas faits à la base. Ce projet nous a donc vraiment permis d’être au contact de la jeunesse et des femmes à travers les différentes associations. »

Le projet « Pour des agendas FéminiSTES, Paix et Sécurité – Africaines de l’Ouest et du Sahel solidaires pour la paix » est financé par l’Agence Française de Développement et mis en œuvre par le consortium réunissant Equipop, FAD au Niger, Diakonia au Burkina Faso et Gorée Institute au Sénégal, dans six pays de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Tchad et le Togo.