Après le G7, les Etats doivent sortir de leur silence et défendre haut et fort les droits des femmes et l’égalité de genre à l’Assemblée générale des Nations unies.
À partir du 8 septembre, les États membres des Nations unies se réuniront à New York pour la 81e session de l’Assemblée générale. Ce rendez-vous annuel intervient à un moment charnière. Partout dans le monde, les droits des filles, des adolescentes, des femmes, des personnes LGBTQIA+ font l’objet d’une remise en cause sans précédent, sous la pression notamment de mouvements masculinistes, d’extrême droite et populistes. Le principe même de l’égalité de genre est attaqué à grande échelle, malgré l’adoption par plusieurs États de diplomaties féministes.
Ce recul n’est ni spontané ni isolé. Il résulte d’une offensive politique organisée, coordonnée et largement financée contre l’égalité de genre, les normes internationales relatives aux droits humains et contre le multilatéralisme lui-même. Ce backlash pèse sur les négociations internationales, les priorités budgétaires et les décisions politiques, y compris au sein de l’ONU.
Face à ces reculs, le Women 7 et les coalitions signataires de cette tribune lancent un appel : l’Assemblée générale des Nations unies ne peut pas reproduire les renoncements observés au G7. Elle doit être le lieu où les États protègent et promeuvent ouvertement les engagements internationaux en faveur de l’égalité de genre.
Les renoncements du G7 : un signal d’alarme
Les conclusions du sommet du G7 à Évian sont une illustration de ce backlash. Sur neuf textes adoptés, seuls deux font mention des droits des femmes et des filles. Les droits sexuels et reproductifs, la justice économique de genre, la sécurité alimentaire, l’accès à l’éducation des filles ou encore l’impact genré du changement climatique sont restés ignorés et absents des déclarations, alors même que ces sujets sont essentiels au développement et à un monde en paix.
Céder aux États ouvertement anti-droits et anti-choix, dans un contexte de rétrécissement de l’espace civique, de baisse drastique des financements aux organisations féministes, revient à entériner les régressions qui se déroulent sous nos yeux.
Le sommet d’Evian est passé, le silence n’est plus une option
Le G7 est un espace qui a toujours été remis en question. La configuration de cette année était d’autant plus complexe, partagée entre des Etats qui alimentent le backlash, d’autres qui ferment les yeux et d’autres enfin qui affichent la volonté de le combattre. Le sommet étant passé, il faut maintenant remonter la pente et redoubler d’efforts pour défendre les droits des femmes et l’égalité de genre dans les autres espaces multilatéraux. L’Assemblée générale des Nations unies (AGNU) est le plus grand rassemblement onusien. Il est possible d’y chercher des alliés et de marginaliser les États les plus réactionnaires. C’est un temps multilatéral décisif et le moment pour les États d’affirmer leur soutien aux organisations féministes, qui luttent contre le recul des droits et contre les violences basées sur le genre.
L’initiative UN80 : une réforme qui pourrait affaiblir les droits qu’elle prétend protéger
Cette année, l’AGNU se déroule dans un contexte particulier. En raison des coupes drastiques dans l’aide publique au développement dans le monde et du retrait de certains États, les Nations unies sont entrées dans un important processus de restructuration et de réforme interne, appelé UN80. À première vue, cette annonce est positive : enfin, les États reconnaissent le besoin de réforme. Mais des zones de flou demeurent. Les organisations féministes, qui n’ont pas été consultées, alertent sur le projet de fusion de deux agences des Nations Unies : le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), spécialisé dans les droits et la santé sexuelle et reproductive, et ONU Femmes, chargée de l’égalité de genre. Mal préparée, cette fusion pourrait avoir de lourdes conséquences : perturbation ou suppression de programmes, amoindrissement de la quantité et de la qualité des actions menées; dilution des deux mandats; et in fine, baisse des montants alloués tant à la santé sexuelle et reproductive qu’à l’égalité de genre. Concrètement, cela risque de provoquer des interruptions dans des services de soin essentielset de fragiliser l’accès à la contraception,à l’avortement, à la prévention des violences et à la lutte contre le VIH/sida. Pour les organisations féministes, c’est précisément au moment où les droits sont attaqués qu’il faut renforcer les institutions qui les défendent.
L’avenir du multilatéralisme doit se construire avec les associations féministes
Au rythme actuel, selon les estimations d’ONU Femmes, il faudrait encore 300 ans pour atteindre l’égalité de genre. Nos sociétés ne peuvent plus attendre. Les milliers d’organisations signataires de cette tribune appellent les États réunis à New York en septembre pour la 81e Assemblée générale à reconnaître explicitement que le backlash, cette attaque systématique contre les droits des femmes, filles et personnes LGBTQIA+, est un danger pour les droits humains, les démocraties et le multilatéralisme.
La restructuration en cours aux Nations Unies renvoie également à une réflexion plus profonde : de quel modèle de multilatéralisme souhaitons-nous nous doter ? Pour nos coalitions féministes, l’approche est claire : un modèle résolument égalitaire ; anticolonial et antiraciste en faveur de toutes les personnes et de la planète. Nous souhaitons un multilatéralisme fort, qui s’oppose fermement aux backlash, qui lutte contre le changement climatique, l’injustice partout, se mobilise face aux crises et ne se résout pas aux conflits. Un multilatéralisme qui dénonce et remédie aux inégalités structurelles et systémiques grâce à une gouvernance mondiale égalitaire et un réengagement financier des Etats dans les politiques de solidarité internationale et d’égalité de genre. Un multilatéralisme renouvelé, qui reconnaît l’importance des organisations de la société civile comme rempart démocratique et qui garantit et facilite leur pleine participation dans ses instances.
Signataires
- Le Women 7 (W7) est une coalition de plus de 260 organisations féministes issues de 62 pays, coordonnée par Equipop, CARE France, Le Fonds pour les Femmes en Méditerranée, Le Planning Familial et Plan International France.
- Le Women’s Rights Caucus (WRC) est une coalition féministe intersectionnelle
mondiale rassemblant plus de 800 organisations, réseaux et individus, réunis par Fòs Feminista, Outright International, l’African Women’s Development and Communications Network (FEMNET), l’Asia Pacific Forum on Women, Law and Development (APWLD) et le Young Feminist Caucus, qui milite pour l’égalité de genre à l’ONU.
- Le Feminist Cross-Coalition UN80 Working Group rassemble depuis 2025 plus de 1000 organisations à travers le monde qui s’organisent pour protéger l’égalité de genre au sein de l’ONU dans le cadre du processus de réforme UN80.
- Le Women’s Major Group (WMG) est un réseau mondial de plus de 2000 organisations féministes et de défense des droits des femmes qui œuvrent pour faire progresser la justice de genre, économique, sociale et environnementale au sein des processus de développement durable des Nations unies.
- L’Alliance Féministe Francophone est une initiative collective qui vise à renforcer
la participation et capacité d’influence des féministes francophones aux espaces
multilatéraux. À travers une mise en réseau des activistes et mouvements féministes et un plaidoyer collectif dans les espaces institutionnels, l’Alliance contribue à visibiliser et structurer un plaidoyer féministe en faveur de l’égalité de genre.