De la participation accrue des femmes et des jeunes aux instances de décision à l’émergence de nouveaux espaces de mobilisation féministe, en passant par le renforcement des alliances pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles : les expériences de six organisations de la société civile féministe tchadienne, accompagnées dans le cadre du projet porté par Equipop et ses partenaires avec le soutien financier de l’AFD, illustrent les changements concrets que peuvent favoriser des financements souples et un accompagnement adapté aux réalités locales.
Du 22 au 24 septembre 2026 à N’Djaména, six organisations de la société civile féministe tchadienne se sont réunies à l’occasion d’un atelier national de capitalisation pour présenter les résultats obtenus dans le cadre du projet « Pour des Agendas FéminiSTES, Paix et Sécurité – Africaines de l’Ouest et du Sahel solidaires pour la paix ». Mis en œuvre par un consortium réunissant Equipop, FAD du Niger, Diakonia Sweden du Burkina Faso et Gorée Institute du Sénégal, ce projet déployé dans six pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel vise à apporter un appui technique et financier aux acteur·rices de la société civile féministe engagé·es sur les Agendas Femmes, Paix et Sécurité et Jeunesse, Paix et Sécurité (FJPS). Formations, accompagnement individualisé, financements souples et soutien aux initiatives formelles comme informelles : la démarche mise en œuvre par Equipop a permis à chaque organisation d’agir au plus près des réalités locales.
Aujourd’hui au Tchad, le féminisme est porté non seulement par des jeunes femmes mais aussi par des jeunes hommes engagés, qui parcourent les zones les plus reculées du pays voire les plus dangereuses pour sensibiliser les communautés sur les piliers des Agendas FJPS mais aussi sur les droits des filles, des femmes et des jeunes. Le dispositif d’appui technique et financier souple et multiforme mis en place dans le cadre de ce projet a porté ses fruits bien au-delà des attentes.

Le premier concerne la participation accrue des femmes et des jeunes aux espaces de réflexion et de décision stratégiques du niveau local au supranational. En effet, les jeunes et les femmes sont souvent exclu·e·s des instances de décision même lorsqu’elles les concernent spécifiquement ; comme ils et elles le disent souvent : « Ils et elles sont le menu mais ne sont pas à la table ».
Désormais, ils·elles sont des acteur·rices incontournables comme l’illustre cette déclaration d’un membre de l’ONG Salama Peace Initiative : « Il y a trois ans, nous avons organisé sur nos fonds propres la Semaine mondiale de la paix. Aujourd’hui, les autorités et les partenaires internationaux nous accompagnent. Ils ont saisi la portée de notre action qui visait à diffuser des messages de paix à travers le pays. »
Plusieurs membres d’OSC du projet ont également rejoint le Comité technique d’élaboration de la Stratégie nationale Jeunesse, Paix et Sécurité en cours d’élaboration sous la direction du Ministère de la Jeunesse ou encore le comité de suivi de la Stratégie Femmes, Paix et Sécurité.
Le deuxième changement concerne la mobilisation croissante des femmes et des jeunes dans des espaces collectifs féministes et de plaidoyer à tous les niveaux.
Avec l’appui du projet, ils·elles ont gagné confiance en elles·eux et se sont lancé·es dans des initiatives d’envergure pour mieux faire entendre leur voix et celles de leur.e.s pair.e.s invisibilisé.e.s qu’on n’entend pas.
Sous le leadership de la Ligue tchadienne des Droits des Femmes, les OSC féministes ont ainsi organisé le 1er colloque féministe du Tchad, réunissant une cinquantaine de féministes tchadiennes d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Ce colloque a donné lieu au projet de création du 1er réseau féministe du Tchad, qui vise à regrouper l’ensemble des OSC féministes nationales.
La présidente de la Ligue explique : « Nous avons invité des femmes des zones reculées car elles ont rarement l’occasion de participer à ce genre d’espaces ; elles n’ont pas accès aux informations que nous recevons dans la capitale. Participer à ces échanges entre féministes était un cadre idéal pour libérer la parole et partager nos expériences. »
Le troisième changement majeur met en lumière la capacité d’influence des femmes et des jeunes à développer des alliance et mobiliser des allié·es influent.e.s à toutes les échelles. Il y a encore quelques années dans les zones reculées du Tchad comme la région du Lac, personne n’aurait imaginé que les jeunes et les femmes parviennent, non seulement à dénoncer des violences sexistes et sexuelles (VSS), mais aussi trouvent des relais parmi des personnalités influentes dans leur communauté.
L’exemple le plus remarquable est celui de cette femme para-juriste, conseillère communale dans la province de Bol, qui, malgré les critiques acerbes des membres de sa famille s’est lancée dans la défense des droits des femmes notamment celles survivantes de VSS.
« Au départ, les hommes au mieux nous ignoraient, au pire se moquaient de nous lorsque nous menions des activités en faveur des droits des femmes. Au fil du temps, ils ont compris l’intérêt qu’ils pouvaient en tirer. Nous intervenons dans des médiations familiales mais aussi communautaires, et nous réussissons à résoudre un grand nombre de conflits. Aujourd’hui, le chef de canton, le conseil des sages, les chefs de quartiers et même le procureur sont devenus des alliés. Lorsque l’on nous signale une VSS, nous ne pouvons pas toujours intervenir directement auprès des familles pour ne pas nous exposer à des représailles, mais nous prévenons le procureur, qui prend des mesures sans que personne ne sache qui a dénoncé ces violences. »

Le projet « Pour des agendas FéminiSTES, Paix et Sécurité – Africaines de l’Ouest et du Sahel solidaires pour la paix » est financé par l’Agence Française de Développement et mis en œuvre par le consortium réunissant Equipop, FAD au Niger, Diakonia au Burkina Faso et Gorée Institute au Sénégal, dans six pays de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Tchad et le Togo.
Contacts presse :
ASSINOU Ahouefa Essi : aassinou@wanep.org – WANEP -Togo
HOUNKPATIN Romance : romance.hounkpatin@equipop.org– EQUIPOP
BANSE Priscille : priscille.banse@equipop.org – EQUIPOP