Dans un contexte de remise en cause des libertés fondamentales et d’intensification des discours et politiques anti-droits, la formation s’inscrit comme un outil de résistance et d’émancipation. C’est dans cette dynamique qu’Equipop a déployé son offre de formation cette année, en faisant de la pédagogie un espace de mise en mouvement. Ancrées dans l’expérience des participant·e·s, nos formations créent les conditions d’un questionnement en profondeur : sur soi, ses pratiques, son organisation.
En s’adressant à une grande diversité d’acteur-ice-s dans différents espaces géographiques, plusieurs leviers d’action sont investis simultanément. Les approches féministes y sont pensées comme des outils pour inventer d’autres imaginaires, organiser des contre-pouvoirs et nourrir les dynamiques de changement social dans le secteur de la solidarité internationale. Se former est un moyen de créer des espaces pour se ressourcer, remettre du sens dans l’action et tisser des alliances.
Des espaces de ressourcement et de respiration
Les formations proposées par Equipop sont pensées comme des « espaces à nous»: des lieux de respiration où l’on peut nommer et transformer collectivement les contextes qui nous traversent. Des espaces qui prennent soin des personnes autant que des idées (en leur donnant le temps et l’espace pour être questionnées et réinventées collective-ment), qui offrent un recul critique pour remettre du sens dans les pratiques.
Inspirée des principes de l’éducation populaire et des approches féministes, notre pédagogie repose sur la co-construction des savoirs, le partage des vécus, l’expérimentation et la réflexivité. Elle ouvre la voie à un changement non prescrit, partant de là où chacun e se situe.
Ces espaces favorisent la controntation des points de vue et l’émergence de l’intelligence collective. Ils permettent aussi la construction d’une grammaire commune et d’outils d’analyse critique et font de la formation un levier d’émancipation portée par lidée que penser collectivement est une force résolument politique. Former, c’est aussi accompagner des contre-pouvoirs: Equipop outille ainsi celles et ceux qui, au sein de leurs structures, souhaitent porter des voix alternatives, interroger les rapports de pouvoir et penser d’autres imaginaires.
Des espaces pour questionner les pouvoirs et se mettre en mouvement avec des acteur-ice-s pluriel-le-s
Entre juillet 2024 et juin 2025, Equipop a organisé une trentaine de formations et accompagné plus de 40 organisations différentes, touchant plus de 1000 personnes dans différents espaces géographiques. Ces interventions ont concerné un large éventail d’acteur-ice.s: journalistes, étudiant e.s, militant.e.s, collectivités, partenaires techniques et financiers, institutions de recherche, agences internationales, etc. Cette diversité de publics est importante en ce qu’elle permet de décloisonner les espaces et de croiser les expériences.Nous avons ainsi renforcé la structuration de notre accompagnement en matière de formation, dans le cadre de projets existants comme de nouvelles collaborations, répondant à une demande croissante sur les enjeux de justice sociale. Nos interventions se sont ancrées dans des environnements variés, affirmant ainsi que les principes féministes peuvent et doivent s’infuser partout où se jouent des rapports de pouvoir. Promouvoir ces principes, y compris dans les espaces les plus institutionnels, c’est réaffirmer leur pertinence politique: permettre une redistribution du pouvoir au service de plus d’égalité.
Ce travail s’est notamment concrétisé par un accompagnement du Campus Groupe AFD, centre de formation de l’Agence française de développement, dans l’intégration stratégique et opérationnelle des approches féministes. Cet accompagnement s’inscrit pleinement dans la trajectoire portée par la diplomatie féministe française et la volonté du Campus de faire de l’égalité de genre un axe transversal de son action. À travers la formation de l’ensemble de l’équipe, nous avons travaillé à construire une culture commune, réflexive et critique, centrée sur les rapports de pouvoir, les inégalités structurelles et la connaissance des luttes féministes. Ce travail s’est aussi incarné dans plusieurs projets phares du Campus – tels que le programme en intelligence collective PLAY, l’Académie des Talents Méditerra-néens, le Social and Inclusive Business Camp – en intégrant des outils d’éducation populaire féministe, des grilles d’analyse intersectionnelle, ou encore des modules sur la communication inclusive et politique. Ces expériences montrent à quel point les approches féministes sont à la fois des ressources pour penser autrement les enjeux du développement et des leviers concrets pour transformer les pratiques de formation. Elles contribuent ainsi à faire du Campus un espace d’apprentissage collectif, ouvert à la pluralité des savoirs, attentif aux vécus situés, et porteur de dynamiques transformatrices.
Nos collaborations avec les Réseaux Régionaux Multi-Acteurs (RRMA) – notamment RESACOOP, Occitanie Coopération, Yvelines Coopération – illustrent pleinement le potentiel des approches féministes à l’échelle territoriale. Dans ces espaces souvent marqués par une approche technique et une forme d’injonction à «faire du genre», les formations ont permis de repolitiser les enjeux, en les reconnectant aux réalités de terrain et aux rapports de pouvoir. Elles ont offert aux collectivités et aux associations l’opportunité de questionner leurs pra-tiques, leurs marges de manœuvre, leurs manières de construire des partenariats, et leurs rôles dans le secteur de la solidarité internationale. Cette démarche a renforcé les capacités des petites structures et suscité une demande renouvelée de formation.
Dans un contexte où l’espace médiatique façonne les représentations sociales, former les journalistes aux approches féministes est également devenu un enjeu stratégique. Equipop en a fait un des piliers de son action, en intervenant aussi bien dans les écoles de journalisme qu’auprès de professionnel-le•s. À travers des modules adaptés, nous les accompagnons dans l’analyse de leurs pratiques, le repérage des biais sexistes et la construction de récits plus justes et inclusifs. Ces formations visent à améliorer le traitement médiatique des enjeux de genre ou des violences sexistes et sexuelles et également à créer des espaces de soutien entre pair-e-s, en particulier pour les journalistes isolé.e-s ou confronté-e.s à des environnements professionnels hostiles. L’atelier organisé au Burkina Faso, dans le cadre du projet Se Défendre, en est une bonne illustration: en travaillant sur les biais narratifs, l’éthique féministe du récit, ou la centralité des survivantes dans la couverture des violences, il a ouvert la voie à la création d’un réseau de journalistes sensibilisé.e.s. Former les journalistes aujourd’hui, c’est leur donner les outils pour un traitement féministe de l’information, faire entendre d’autres voix et participer pleinement aux luttes pour la justice de genre.

Des espaces pour amplifier les alliances
Partager nos approches, essaimer les savoirs féministes et se nourrir des expériences des participant-e•s, représente un enjeu crucial qui soulève de nombreuses questions pour nos futures collaborations: comment (re)penser la dissémination de ces savoirs dans une perspective plus inclusive? Se mettre en dialogue avec des acteurice•s moins engagé.e.s sur ces sujets? Créer des espaces de mise en lien et d’alignement stratégique entre des acteurice-s qui ne se rencontrent pas toujours, mais qui partagent un même désir de transformation et d’égalité? Toucher de nouveaux publics? Renforcer la qualité de notre offre et élargir l’accès à nos formations? Dans cette perspective, Equipop engagera une démarche de certification QUALIOPI en 2025, pour renforcer la structuration de son offre, permettre une prise en charge par les OPCO (opérateur accompagnant la formation professionnelle en France), et faciliter l’accès à la formation, notamment aux petites associations.
Mais ce mouvement de structuration ne vise pas uniquement à professionnaliser notre activité de formation: il permet aussi de mieux reconnaître les effets transformatifs de la formation, y compris pour celles et ceux qui l’animent. Concevoir et porter ces formations constitue en soi un levier d’empouvoirement, une source de réflexions renouvelées, d’alignement stratégique et de prise de recul, qui vient nourrir nos pratiques et nos engagements.
Il nous faudra apprendre à mieux observer, documenter et valoriser ces effets internes, souvent invisibilisés, mais fondamentaux pour la vitalité de nos démarches et notre propre puissance d’agir. Ces «espaces à nous» de formation s’inscrivent dans la volonté d’ancrer la démocratie dans une participation active et critique de toutes et tous en favorisant la prise de parole, le débat et l’analyse collective des enjeux actuels qui traversent nos sociétés. Nous sommes convaincues que les démocraties ne peuvent exister sans une réelle capacité des individualités et des collectifs à s’approprier les enjeux politiques et à s’engager pour peser sur le cours des événements. Les alliances rendues possibles par nos formations offrent ainsi des espaces inédits pour penser et faire le politique, collectivement et autrement.
Des postures pédagogiques qui résonnent avec nos principes d’action féministes
Les postures pédagogiques d’Equipop s’inscrivent dans quelques principes d’action féministes structurants: elles sont politiques, situées, et conçues pour contribuer à des dynamiques collectives de transformation, tout en prenant soin des personnes.
- Outiller sans prescrire: nos formations partent des pratiques et questionnements des participant-e.s. Il ne s’agit pas de livrer des solutions, mais de créer les conditions d’un cheminement collectif, en soutenant l’empouvoirement, c’est-à-dire la prise de conscience de son pouvoir d’agir.
« J’ai compris que de petites actions sont possibles dès maintenant, sans attendre un changement global. Je repars avec une énergie positive et l’envie que tout le monde suive cette formation. La facilitatrice fait preuve d’une écoute empathique, se met à la place de tout le monde et ne juge jamais. »
(formation sur les partenariats équitables, IRD, France)
- Créer les conditions de l’analyse collective: nos formations facilitent la co-construction de sens et la mise en commun d’expériences. Elles valorisent la production de savoirs ancrés dans les vécus de terrain.
- Faire avec, et non pour: les participant•es sont reconnues comme parties prenantes à part entière. Cette posture reflète notre volonté à questionner les relations de pouvoir et d’éviter toute forme de domination dans la relation pédagogique, comme dans nos partenariats.
- Mobiliser des méthodes participatives: les outils issus de l’éducation populaire (arpentage, photolangage, non-mixité choisie…) favorisent la prise de parole, la faculté à faire un pas de côté et penser autrement, élargir ses perspectives, renforcer l’autonomie d’analyse et d’action. Ils permettent de déployer concrètement une approche intersectionnelle, en créant des espaces d’écoute des identités plurielles.
« Ces sessions m’ont permis d’acquérir des compétences précieuses pour évaluer le chemin parcouru dans les projets (…). La méthodologie d’animation a facilité ma compréhension des différentes dimensions abordées, notamment la vision de l’intelligence collective, avec des techniques et des mises en situation pratique. J’ai également apprécié le partage d’expériences à partir de nos vécus. »
(formation sur l’empouvoirement, projet Sansas, Sénégal)
- S’ancrer dans les pratiques des personnes formées: en croisant les expériences de terrain, les savoirs expérientiels et plus théoriques, nous construisons des analyses situées. Cela favorise l’institutionnalisation des valeurs féministes dans des contextes parfois peu propices à leur expression.
- Faire collectif: nous connectons des actrices et acteurs engagé•e.s, qui, ensemble, peuvent faire entendre leurs voix. Cela traduit notre volonté de soutenir les mouvements pour l’égalité et de construire des alliances, dans nos différents espaces d’intervention.
« Cette formation renforce la cohésion des équipes. (…) Peu importe le niveau de conscience de départ, chacun•e repart avec des clés pour questionner, comprendre et agir. »
(formation sur les approches féministes, campus AFD, France)
- Cultiver une réflexivité en continu: nous questionnons en permanence nos pratiques, pour faire exister nos valeurs féministes dans nos postures pédagogiques comme dans l’ensemble de nos actions.
Alerte ressource : un dossier pour repenser les politiques de solidarité internationale et de lutte contre les inégalités mondiales à partir des approches féministes
Dans le dossier « Repenser les politiques de solidarité internationale et de lutte contre les inégalités mondiales à partir des approches féministes » Equipop vous propose une lecture critique de la place que doivent occuper les approches feministes dans la Solidarité Internationale (SI).
Souvent prise•s dans l’urgence d’agir et face à l’ampleur des inégalités qui traversent le monde patriarcal, postcolonial et capitaliste dans lequel nous vivons, nos organisations disposent rarement du temps nécessaire pour porter un regard critique sur leurs pratiques. En reconnaissant les écueils dans lesquels notre secteur peut tomber, tout en étant consciente du chemin parcouru et restant à parcourir pour une organisation comme Equipop, nous souhaitons participer collectivement à la transformation de notre secteur. Dans le contexte actuel, l’un des enjeux majeurs est de formuler des alternatives fortes et transformatrices, tout en continuant à porter une parole audible et mobilisatrice pour le grand public. Ce dossier est une mise en dialogue des apports des réflexions féministes, issues du monde militant comme de la recherche, avec les pratiques du secteur de la SI. Il invite à l’autoréflexivité, à la reconnaissance des biais intériorisés qui nous façonnent et à la visibilisation de pensées et d’outils issues des approches féministes et décoloniales. Ce dossier ne prétend pas à l’exhaustivité; il ouvre des pistes, propose des outils et invite à poursuivre le travail pour renforcer la SI.

Pour aller plus loin, nous vous invitons à explorer le centre de ressources d’Equipop. Il se situe en complémentarité des nombreux espaces qui rassemblent des ressources sur les réflexions et actions féministes en matière de politique étrangère et de solidarité internationale. Dans un contexte politique tendu, marqué par des reculs importants sur l’aide publique au développement et où les mouvements anti-droits attaquent directement l’essence même de ces secteurs, il y a un besoin grandissant d’espaces critiques et solidaires pour réfléchir aux alliances à construire, aux narratifs à transformer et aux pratiques à renouveler collectivement. Il offre un appui à celles et ceux qui, dans les associations, les institutions ou les médias cherchent à questionner leurs engagements.