Résister, Fédérer, Transformer

Dans un contexte où l’égalité de genre et la solidarité internationale subissent des attaques frontales à travers le monde, Equipop s’est attelée à renforcer ses alliances pour déployer de fortes mobilisations dans de nombreux espaces institutionnels.

Depuis longtemps, militantes et chercheuses féministes tirent la sonnette d’alarme face à la montée de vastes mouvements anti-droits, soutenus par des gouvernements réactionnaires, des fortunes conservatrices et des acteurs religieux extrémistes. Leurs attaques ont de graves conséquences, très concrètes, sur les femmes et les personnes LGBTQIA+, en particulier en matière de droit à disposer de son corps, et présagent très souvent d’attaques plus larges contre les droits humains et la démocratie.

L’égalité de genre est devenue une question de « hard power»

Ce phénomène de backlash est connu, et Equipop a contribué à le documenter ces dernières années. Mais il s’intensifie, et 2024-2025 est un moment charnière. Avec l’arrêt brutal des financements de l’USAID décidé par D. Trump, et les coupes drastiques dans l’aide au développement opérées par plusieurs États européens (comme le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, etc.), au final, c’est l’essence même de la solidarité internationale qui est mena-cée. À cela s’ajoutent plusieurs crises géopolitiques et une tendance accentuée à la militarisation des sociétés.

Une diversité d’actrices et d’acteurs ont tenté pendant des décennies de faire des droits des femmes et de l’égalité de genre une question centrale des relations internationales, sans succès. Par ailleurs, les analyses féministes des relations internationales, qui mettaient en évidence le lien entre une culture masculiniste et le risque de désordres géopolitiques, ont été largement négligées. Et de fait, aujourd’hui, ce sont les forces illibérales qui ont définitivement transformé la question de l’égalité de genre et des droits humains en véritable enjeu géopolitique à part entière. Face à cela, nous devons nous organiser, avec urgence et efficacité, pour éviter que des décennies de progrès ne soient balayées. À ce titre, l’activisme féministe est plus que jamais une voie de résistance et de transformation, et sa dimension collective est essentielle.

Diversité des formes de mobilisation

C’est ce à quoi Equipop s’attèle, parfois en initiant des dynamiques, parfois en y contribuant de près ou de loin, et très souvent en soutien à des partenaires des sociétés civiles. Cela se traduit par une participation aux espaces de décision, de façon formelle ou en marge, par la production d’analyses et de positionnements pour peser dans le débat public, par la conduite d’évaluations des politiques publiques, par un travail de sensibilisation des médias, et de façon générale, par une mise en réseau des domaines asso-ciatif, politique, médiatique et de la recherche.

L’action d’Equipop sur la thématique « Femmes, paix et sécurité» est un bon exemple de la complémentarité des approches. Tout en nous appuyant sur ce concept institutionnel entériné par l’ONU en 2000, nous militons pour son élargissement à une approche féministe de la sécurité internationale et de la construction de la paix, et à la convergence avec l’agenda «jeunes, paix et sécurité». Cette démarche se produit à différentes échelles géographiques, d’abord autour d’un projet de soutien à des associations investies dans les processus nationaux de plusieurs pays du Sahel, mais aussi en France avec l’évaluation de la mise en œuvre du Plan National d’Action qu’Equipop a co-pilotée à travers le Haut Conseil à l’Egalité (HCE) fin 2024, et enfin à travers des événements organisés dans le cadre onusien, par exemple en mars 2025 à New York: «Investir dans le leadership des jeunes femmes: une voie vers la paix et la sécurité en Afrique».

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Aux niveaux mondial, régional, national et local, Equipop et ses partenaires promeuvent des approches féministes, et plus largement les droits humains, la justice et la démocratie. On peut schématiquement décliner cinq points d’entrée : le financement des mouvements féministes et de l’égalité de genre dans les politiques publiques, la défense des droits acquis, y compris des droits et santé sexuels et reproductifs (DSSR), la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, et la participation aux instances de décision et l’accès aux espaces publics et digitaux.

Au niveau mondial

Au niveau mondial, Equipop a facilité l’expression de voix féministes, particulièrement issues d’Afrique de l’Ouest et de la région Afrique du Nord – Moyen-Orient, dans quatre espaces multilatéraux. Pour le Sommet de l’Avenir 2024, Equipop a facilité l’élaboration d’un document de positionnement commun, porté à New York par une délégation d’activistes, et un side event intitulé « Nos futurs féministes ». Un deuxième temps fort, qui a marqué les débuts de l’Alliance Féministe Francophone (voir encadré), a été la 69e commission sur le statut des femmes (CSW), couplée à la 58e session de la commission sur la population et le développement (CPD).

Le processus onusien lié au financement du développement a constitué un fil rouge, culminant dans la participation à la conférence de Séville. Notre action a consisté à mobiliser les parties prenantes pour éviter les reculs sur l’égalité de genre, et promouvoir des financements pérennes pour les organisations féministes. Equipop a notamment coordonné un courrier commun, endossé par plus de 250 organisations d’une soixantaine de pays, et s’est mobilisée à de nombreuses reprises pour préserver le fonds de soutien pour les organisations féministes, établi par la France, de coupes budgétaires radicales.

Au niveau régional

En Afrique de l’Ouest, Equipop est membre du réseau Alliance Droits et Santé, actif sur de nombreux sujets, et qui a notamment coordonné une forte mobilisation en amont de l’adoption de la Convention de l’Union africaine sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles. Equipop est aussi impliquée sur la question de l’avortement sécurisé, à travers des collaborations avec le centre ODAS, pour développer une approche féministe de la question. Au niveau de l’Union européenne, Equipop a commencé à déployer son action de manière plus substantielle, autour de deux enjeux principaux :

•premièrement, maintenir les droits acquis, dans un contexte d’attaques sur l’espace civique et les associations, d’absence d’une commissaire dédiée à l’égalité de genre, et de la prochaine arrivée à échéance du plan d’action sur l’égalité ;

• deuxièmement, sécuriser des moyens pour faire avancer l’égalité de genre, dans le cadre du prochain cadre financier pluriannuel.

Equipop a co-organisé avec l’eurodéputée Mélissa Camara un événement de lancement au Parlement européen du rapport intitulé « Comment construire une Europe féministe ? Les défis face à l’extrême droite ». Réalisé en coopération avec Heinrich-Böll-Stiftung Paris, il s’inscrit dans la série de travaux d’Equipop sur les mouvements anti-droits. Il dresse un état des lieux de l’UE post-élections, en analysant la montée des partis d’extrême droite, leurs stratégies, et le répercussions sur les droits des femmes et des personnes LGBTQIA+. L’évènement a réuni un large éventail de participant·e·s, médias, associations, étudiant·e·s et eurodéputées.

Au niveau national

Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, nos partenariats avec de nombreuses associations (voir page 6) incluent un appui en plaidoyer à la demande sur des enjeux spécifiques, ou des collaborations plus denses, par exemple sur des thématiques comme la dignité menstruelle ou Femmes, paix et sécurité. Les partenaires d’Equipop évaluent des stratégies publiques sur l’égalité (par exemple ROAJELF au Sénégal), militent pour le financement des DSSR au niveau local (JeD), concourent à l’application de certaines lois contre les VBG et pour la reconnaissance des féminicides (Ligue Ivoirienne).

En France, outre un appui à la réflexion sur les approches féministes aux réseaux régionaux de solidarité internationale, Equipop contribue à ancrer la diplomatie féministe dans la politique étrangère française, dans une démarche à la fois de co-construction et de suivi des politiques publiques qui guide l’action d’Equipop depuis sa création en 1993. Equipop prend la parole sous de multiples formes sur ce sujet, dans les médias, dans des espaces institutionnels, auprès des parlementaires, et sensibilise des institutions publiques à la question du backlash. Et de par son siège au HCE, Equipop a participé, au sein du comité de pilotage animé par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, à réhausser les exigences dans l’élaboration de la stratégie.

Malgré l’instabilité politique que connaît la France, la première stratégie internationale pour une diplomatie féministe 2025-2030 a été officiellement lancée. Si c’est évidemment le début d’un travail de suivi de la mise en œuvre, cela représente l’aboutissement de plusieurs années de plaidoyer. Etant donnés les équilibres, ou les déséquilibres géopolitiques actuels, même si l’action de la France reste plus que perfectible, le lancement de cette stratégie est un signal important à l’échelle internationale. Il y a un fort besoin de leadership politique en faveur de l’égalité de genre, qui devrait être renforcé par la quatrième conférence des politiques étrangères féministes, organisée par la France à l’automne 2025.


L’Alliance Féministe francophone, une nouvelle dynamique cruciale

Créée début 2025 et facilitée par un consortium les Femmes en Méditerranée (FFMed) et de la Fédération Internationale pour les Droits Humains (FIDH), l’Alliance Féministe Francophone (AFF) est une initiative qui vise à renforcer la participation des féministes francophones aux espaces multilatéraux. À l’heure actuelle, elles se heurtent à de nombreux obstacles pour y faire entendre leurs voix, tels que la faiblesse des financements, le manque d’espace de coordination et de formation, et la barrière linguistique. À travers une mise en réseau des activistes et mouvements féministes, et un soutien au développement de leur connaissance des espaces institutionnels, l’AFF contribue à renforcer et visibiliser le plaidoyer collectif en faveur de l’égalité de genre à l’échelle internationale. Cette démarche est d’autant plus essentielle que les mouvements anti-droits disposent de financements massifs et sont organisés de manière très efficace.

Riche de la diversité des parcours, des expertises et des légitimités de ces activistes, le plaidoyer collectif s’adresse aux Etats, aux diverses institutions publiques et aux bailleurs de fonds. Il a vocation à se dérouler dans de nombreux espaces multilatéraux.

Le lancement de l’AFF a fait l’objet de deux évènements: à Paris, au quai d’Orsay, le 7 mars 2025, à l’occasion de la présentation de la stratégie pour une diplomatie féministe, et quelques jours plus tard à New York, en présence de 150 personnes aux profils divers: activistes, diplomates, représentant-es de gouvernements, d’agences onusiennes, et de la philanthropie.

La première délégation de l’AFF dans un espace multilatéral a donc participé à la 69° commission sur le statut des femmes (CSW) à New York, marquant le trentième anniversaire de la Déclaration et Plateforme d’Action de Pékin (Beijing+30). Ensuite, l’AFF a investi deux autres espaces incontournables: la 59° session du Conseil des droits de l’Homme à Genève et la 4º conférence sur le financement du développement à Séville.


Face au backlash, la nécessité d’une action collective des médias et des associations

Le 25 février 2025, Equipop, Prenons la Une! et La Fronde ont co-organisé, en partenariat avec le CESE, l’événement « Femmes & Médias, les rencontres de l’Egalité». Cette journée a été rythmée par de riches réflexions sur les défis et le rôle des médias face à la montée des conservatismes et du backlash anti-genre.


Les droits des femmes sont un bon thermomètre de nos démocraties: aujourd’hui, il vire au rouge.
Partout, des réseaux réactionnaires mènent une offensive antiféministe, raciste et autoritaire. Des États-Unis à l’Europe, des figures d’extrême droite diffusent une idéologie misogyne et masculiniste, attaquant droits fondamentaux, médias indépendants et solidarité internationale. En France, cette stratégie se traduit par des coupes dans l’APD, des tentatives de rachat d’écoles de journalisme et de maisons d’édition, et la création d’établissements formant de futurs médias d’extrême droite. Ces forces imposent leurs récits par la désinformation et l’inversion des valeurs.

Plus de 200 personnes ont participé à cette journée, preuve d’une volonté commune de réfléchir à ces sujets. Les participantes ont réaffirmé la nécessité d’une riposte collective, alliant journalistes et associations féministes. Des contre-pouvoirs existent. Le travail des médias indépendants comme StreetPress, l’engagement de collectifs tels que Prenons la Une!, les initiatives locales comme le Réseau Égalités de Ouest-France, ou encore le cordon sanitaire médiatique belge montrent qu’une autre voie est possible. La mobilisation passe aussi par une vigilance dans les pratiques journalistiques: refuser la banalisation de l’extrême droite, remettre en cause la culture du clash, et documenter les stratégies autoritaires sous-jacentes. Ces initiatives sont aujourd’hui essentielles, et ne doivent pas rester marginales. Le rapport de force économique est défavorable et les attaques sont vives: face à cela, il faut créer des espaces de résistance – à l’image de cette journée – plus grands, et investir tous les espaces médiatiques. Comme l’a résumé la journaliste Salomé Saqué: «Il nous faut passer de l’indignation à la résistance».

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