« La culture n’est pas neutre » : féminisme et transmission selon Charlotte Ezebada

La Journée mondiale de la culture africaine et afrodescendante, célébrée chaque année le 24 janvier, met à l’honneur la richesse, la diversité et la vitalité des cultures du continent africain et de ses diasporas. Instituée par l’UNESCO en 2019, cette journée s’inscrit dans une volonté de promouvoir la diversité culturelle, la créativité humaine et le dialogue comme fondements du développement durable et de la paix. Mais cette célébration est aussi l’occasion d’interroger les rapports de pouvoir qui traversent les cultures, notamment les inégalités de genre, et de mettre en lumière les contributions longtemps invisibilisées des femmes.

Longtemps reléguée à la marge, les pratiques culturelles portées par des femmes ont pourtant été un terrain central des luttes féministes, en Afrique comme ailleurs. Face aux hiérarchies de genre reproduites par les institutions culturelles, des penseuses et artistes africaines ont investi la culture comme espace de résistance, de réappropriation et de réinvention. Entre critique des héritages coloniaux, valorisation des savoirs traditionnels et débats internes au féminisme africain (du womanism au motherism), la culture devient un levier puissant pour libérer les imaginaires et affirmer des voix féminines plurielles.

Charlotte Ezebada, consultante et formatrice en participation politique des femmes et en genre, cheffe de projet et présidente de Women and Power Association au Bénin, inscrit son engagement féministe au croisement de la culture, du leadership et de la transformation sociale. Titulaire d’un Master 2 en développement, spécialité gouvernance et management public, obtenu à l’Université Senghor d’Alexandrie, et militante de l’Alliance Féministe Francophone, elle défend une approche du féminisme africain ancrée dans les réalités culturelles et les expériences vécues des femmes.

Comment la culture nourrit ton engagement féministe ?

La culture est l’un des premiers espaces où j’ai compris que le pouvoir n’est jamais neutre. C’est à travers elle que se transmettent les rôles, les silences imposés, mais aussi les forces invisibles des femmes. Dans mon engagement féministe, je  refuse que la culture soit utilisée pour justifier l’injustice, et au contraire la réinvestir comme un terrain de résistance et de transformation.

En tant que féministe africaine et militante pour le leadership des femmes dans les espaces de décision, je m’appuie sur la culture pour ancrer nos luttes dans nos réalités, nos histoires et nos langages. Déconstruire, transmettre, réinventer ; la culture me permet de politiser les expériences vécues des femmes et de légitimer leur présence là où les décisions se prennent.

Une œuvre, une pratique ou un héritage culturel qui t’a donné de la force ?

Je puise ma force dans l’héritage des femmes africaines qui ont toujours résisté, même sans être nommées comme militante. Celles qui tenaient les familles, les marchés, les communautés. Celles qui parlaient quand il fallait parler et qui agissaient quand le système les excluait.

La pratique qui me porte le plus est celle de la parole partagée entre femmes. Les cercles, les discussions, les récits transmis de femme à femme. Cette parole collective, souvent reléguée à la marge, est pour moi un acte profondément féministe. Aujourd’hui, je la prolonge en accompagnant les femmes à prendre la parole dans les espaces de pouvoir, à s’y affirmer sans s’excuser, et à transformer ces espaces de l’intérieur. J’ai commencé par la création de l’espace Café Femme Leader, qui est un espace intergénérationnel que j’ai crée en 2019 et qui réuni des femmes figures de proues et des jeunes filles engagées ou en quête de repère. 

La culture, pour moi, n’est pas un héritage figé. C’est un champ de lutte, de mémoire et d’avenir.

Charlotte Ezebada fait partie de l’Alliance Féministe Francophone et collabore régulièrement avec Equipop sur des questions de genre et de participation politique des femmes. Elle a également participé à la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement à Séville (30 juin – 3 juillet 2025), où elle a porté des enjeux féministes en lien avec la culture, le leadership et la transformation sociale.

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