Faire mouvement pour impulser les dynamiques transformatrices

Le continuum des violences marque un tournant conceptuel majeur dans la façon dont les expériences des survivantes sont nommées, analysées et prises en charge

Son apport comme grille de lecture est d’appréhender la diversité des faits de violence, non pas comme des événements isolés, mais comme des manifestations interreliées d’un système de contrôle des corps et de la sexualité des femmes, qui, également, restreint leurs espaces, voix et libertés. Ce système, bâti sur des stéréotypes et inégalités de genre, a pour conséquence de favoriser les VSS, dont il contribue largement à l’acceptation et à l’invisibilisation dans les sphères intimes et publiques.

Dans un contexte mondial de crises multiformes, de montée des mouvements anti-droits et de réversibilité des acquis en matière de droits des femmes, la lutte contre les VSS mobilise une diversité d’acteur-rice•s dont les interventions à différents niveaux (lois et politiques; programmes publics et privés; mobilisations communautaires et individuelles, etc.) reflètent autant de positionnements, modes d’action et résultats. Pour Equipop, un enjeu clé est d’impulser les dynamiques transformatrices autour des VSS en plaçant au centre de l’attention les voix des principales concernées.

Bâtir autour de la parole des femmes implique le développement de stratégies innovantes, afin de soutenir la libération de cette parole, mais également sa diffusion et sa réception par des professionnels dont l’implication dans la déconstruction des normes sexistes est stratégique (corps médical, juristes, chercheurs-euses, journalistes, etc.). A cela s’ajoute l’impératif d’infuser cet élan de transformation sociale dans les politiques et programmes, à léchelle locale, régionale et internationale.

Pendant l’exercice 2024-2025, cette perspective a continué à nourrir la mise en œuvre de deux projets importants développés en Afrique de l’Ouest par Equipop. Il s’agit d’une part du projet sur les violences gynécologiques et obstétricales (VGO) au Sénégal et d’autre part, du projet Se défendre au Burkina Faso.

Le projet VGO: des synergies multisectorielles autour d’une approche féministe des soins gynécologiques et obstétricaux.

Notre corps, notre santé est un projet pionnier qui vise la reconnaissance politique, juridique et sociale des VGO et leur inscription dans le continuum des violences faites aux femmes et aux filles. Son objectif immédiat est de lutter contre les VGO en renforçant les conditions qui rendent possible l’exercice, par les femmes de tous âges, de leurs droits à disposer de leur corps, y compris dans le domaine médical.

La mise en œuvre du projet Notre corps, notre santé s’articule autour de cinq axes que sont les représentations du corps des femmes, la libération de leur parole et leur empouvoirement, les soins bientraitants et les droits humains, le plaidoyer et communication au niveau national, la recherche, l’évaluation et la capitalisation. Chacun des axes cités couvre plusieurs activités qui, toutes, convergent vers une recherche d’écho à la parole libre des femmes sur leurs vécus, ressentis et aspirations, quand il est question de leurs propres corps, sexualité et reproduction. Dans cette dynamique, une des activités phares est l’organisation de cercles de paroles en non mixité afin de créer les conditions éthiques et pratiques, pour un partage sur les expériences de soins gynécologiques et obstétricaux.

À Diamniadio, les cercles de parole organisés ont permis de toucher des femmes et des filles âgées de 10 à 70 ans, recoupant divers facteurs de vulnérabilités en lien avec l’âge, le statut social, l’état de santé, l’activité professionnelle, etc.

Les échanges organisés ont permis d’aborder en toute sécurité et confiance des thématiques variées telles que les difficultés d’accès aux soins, les droits et la santé sexuels et reproductifs (DSSR), les mariages d’enfants et les grossesses précoces, le harcèlement sexuel, les violences intrafamiliales, l’avortement, etc. Participatifs et libérateurs, les cercles de parole ont été pour les participantes l’opportunité de s’exprimer en toute sécurité sur leurs expériences, ressentis et leçons apprises en lien avec les thématiques abordées. Ils ont permis d’illustrer davantage la façon dont certains facteurs comme le sexe, l’âge, les signes extérieurs de l’appartenance sociale, la situation de handicap accentuent les expériences négatives inscrites dans le continuum des violences sexistes et sexuelles.
L’expérience de partage en collectif de récits intimes (d’accouchement, de sexualité et sensualité aux différents moments de la vie d’une femme dont la ménopause, de traumas en milieu de soin, etc.) s’est par ailleurs révélée être un puissant levier d’empou-voirement individuel et collectif et d’expression d’une parole sorore sur les violences patriarcales et les pratiques d’auto-soutien dans les communautés et les institutions de soins.
Les différents échanges ont mis en évidence l’importance de s’intéresser à des enjeux structurels, tels que les stigmatisations et les discriminations en lien avec des normes socioculturelles restricives, le tabou autour de la sexualité, mais également l’inscription des violences dans des dynamiques familiales et sociétales. Autant de problématiques par ailleurs évoquées dans le cadre de cycles de discussions entre hommes, entre prestataires des deux sexes et également dans le cadre de l’aménagement d’un dialogue entre les patientes et les prestataires de santé.

Une autre activité phare du projet est la réédition de Touvrage Notre corps, notre sante. Le livre Notre corps, notre santé, la sexualité des femmes en Afrique subsaharienne inspiré de l’ouvrage Our Bodies, Ourselves est initialement paru en février 2004. Il a été le premier ouvrage à destination des femmes subsahariennes qui traite de leur corps et de leur sexualité.
Vingt ans après, le comité de rédaction de l’époque reconstitué autour de Fatou Sow et Codou Bop implique plusieurs jeunes féministes et autant de profils disciplinaires, dans un projet de réédition.
En s’appuyant sur une diversité de voix et d’expériences, ce projet de réécriture vise à faire évoluer les connaissances et les pratiques en matière de santé sexuelle et reproductive des femmes. Il a consisté à réécrire le livre à partir du vécu des autrices et des témoignages récoltés avec l’objectif de rendre disponibles des informations fondées et respectueuses pour les femmes à tous les âges de leur vie.

Le projet « Se défendre»: Soutenir les femmes burkinabe et leurs organisations dans leurs luttes contre les violences sexistes et sexuelles (VSS)

Le projet Se défendre est la phase 2 du projet Droits et santé des femmes au Burkina Faso. initié dans le cadre d’une réponse d’urgence pendant la crise Covid-19, afin de renforcer l’empouvoirement des femmes et des filles les plus vulnérables en améliorant leur leadership et la prise en charge holistique des violences basées sur genre.
Les résultats de cette première phrase avaient mis en évidence qu’au-delà des situations d’urgence, une approche féministe renforcée était nécessaire dans la lutte contre les VSS au Burkina Faso. Ils avaient de la même manière illustré «le pouvoir de la reconstruction» justement documenté dans un livret de capitalisation du même nom publié à la fin du projet par Equipop et ses partenaires que sont: Initiative Panandetiguiri pour le Bien-être de la Femme, Association des Femmes Juriste du Burkina et Voix de Femmes.
Dans la suite logique de la phase 1, Se défendre a pour objectif de soutenir les femmes et leurs organisations à lutter contre les violences sexistes et sexuelles.
Elle soutient des dynamiques de changement social portées par les actrices locales, en s’appuyant sur des approches centrées sur les droits, la dignité et l’autonomie des femmes et des filles. Une attention spéciale est portée aux femmes et filles des marges.
Le projet s’ancre dans une approche fondée sur l’égalité, la justice sociale et la reconnaissance des rapports de pouvoir qui structurent les violences faites aux femmes et aux filles.
Il s’inspire des principes des approches féministes, en ce sens qu’il place les femmes et les filles au cœur du processus de transformation, en valorisant leurs savoirs, leurs vécus et leurs capacités d’agir.
Le projet cherche à renforcer les réponses individuelles et collectives face aux violences sexistes et sexuelles, tout en encourageant des dynamiques locales de changement, portées par les communautés elles-mêmes.

Le projet est bâti autour de trois objectifs imbriqués que sont.

  • l’appui au développement d’approches d’empouvoirement des femmes et des filles et des OSC qui défendent leurs droits face aux VSS;
  • le soutien des femmes victimes de VSS dans leur parcours juridique, judiciaire et psychologique;
  • et l’amélioration de l’application du cadre juridique et de son évolution à travers la conduite de litiges d’impact stratégique et de formations sur les mobilisations à engager autour de ces contentieux.

Sur le volet empouvoirement, des formations ont été organisées sur les approches féministes des VSS, la communication féministe, les masculinités.
Organisées au profit d’acteur-trice-s clés de la lutte contre les VSS au Burkina Faso (organisations de la société civile, journalistes féministes, équipes projets des partenaires du consortium, etc.), elles ont permis de renforcer leurs capacités à aborder les VSS dans une perspective féministe.

L’empouvoirement passe également par le soutien à la capacité d’action individuelle et collective des femmes et des filles. Dans cette démarche, des clubs de leadership ont été mis en place et l’accès à des espaces sûrs facilité. Cela a eu pour résultat de muscler l’engagement des jeunes filles et leur capacité à s’exprimer et à développer des solutions innovantes face aux VSS. La mise en place d’une troupe théâtrale a par ailleurs offert une plateforme créative de sensibilisation, qui a permis d’informer et de sensibiliser les adolescentes et les jeunes filles sur les violences sexuelles et sexistes ou encore les DSSR des jeunes/adolescent-e-s.

À une échelle plus large, les émissions radiophoniques diffusées dans plusieurs régions du Burkina Faso ont également permis de toucher un large public, contribuant ainsi à la diffusion des messages de prévention sur les VSS.
L’accompagnement des femmes survivantes de VSS dans leur parcours juridique, judiciaire et psychologique a également enregistré des réalisations importantes.
L’organisation de formations en safeguarding et sur les approches féministes des VSS a permis de toucher des acteurs du système de protection et des membres de l’association des femmes juristes du Burkina Faso. Cela a favorisé l’engagement des acteur-trice-s de première ligne de la prise en charge ainsi que l’amélioration de leurs pratiques professionnelles. L’approche développée dans la continuité de ce premier exercice a consisté à coupler des moments de formation et de sensibilisation avec des temps de consultation juridique grâce aux cliniques mobiles. Les séances de sensibilisation organisées ont permis de toucher des femmes et filles appartenant à des groupes vulnérables (per-sonnes déplacées internes, personnes vivant avec un handicap, etc.). Menées en langue locale (Mooré), elles ont été pour les participantes une opportunité de partager leurs expériences et de témoigner. Le déploiement de cliniques juridiques mobiles à la suite de ces activités a permis d’enregistrer un taux de satisfaction élevé parmi les usagères, ainsi que chez des femmes et filles survivantes de VSS qui ont pu bénéficier d’un soutien juridique, psychologique et judiciaire.

Un volet particulièrement prospectif et innovant est celui lié au soutien à l’évolution à travers la conduite de litiges d’impact stratégique. Des ateliers ont été organisés afin de créer de l’interaction autour de thématiques liées aux VSS et aux litiges d’impact stratégique. Organisés en trois sessions distinctes, ces ateliers ont ciblé spécifiquement des groupes de femmes (leaders des marchés, leaders de la brigade verte, veuves, etc.). Chacune des sessions organisées a permis de sensibiliser les participant-e-s aux enjeux des VSS et des litiges stratégiques, tout en offrant un espace de dialogue pour partager leurs expériences et discuter des défis rencontrés dans leurs contextes respectifs. Dans la suite de ces ate-liers, des séances de sensibilisation organisées par des animateur-rice•s du projet dans des marchés pré-identifiés ont permis d’identifier des cas potentiels de litige d’impact stratégique. Les OSC de protection des droits des femmes se mobilisent à plusieurs niveaux pour faire évoluer les législations et pratiques de lutte contre les violences sexistes et sexuelles et exiger des Etats d’agir avec la diligence voulue afin de prévenir, enquêter, punir et accorder une réparation pour les actes de violence com-mis. Le recours aux litiges stratégiques est l’un des moyens clés pour accélérer l’effectivité des droits et permettre aux survivantes d’avoir un accès effectif à la justice. Nombre d’organisations (ISLA, Center for Reproductive Rights, IHRDA, etc.) reconnaissent le pouvoir transformatif de cette approche, notamment lorsqu’elle est combinée à des actions de mobilisation politique et y ont recours sur le territoire africain en portant des cas à l’échelle régionale ou nationale (voir exemples de succès ci-dessous).
En effet, la saisine du juge invité à se prononcer sur des insuffisances ou à encourager des évolutions juridiques est un moyen de produire de nouvelles jurisprudences et par conséquent de provoquer une évolution des politiques ou législations existantes ou de permettre la bonne application de ces der-nières. Concrètement, il s’agit de soutenir et, le plus souvent, de médiatiser le procès d’une personne dont l’affaire est considérée d’intérêt public, car son impact judiciaire est attendu au-delà des intérêts spécifiques des parties concernées.


Vers une approche féministe et militante de la recherche

Equipop accorde une importance croissante à la recherche dans la conduite de projets transformateurs en faveur de l’égalité de genre. Au fil des années, cette dimension s’est traduite de différentes manières. En phase exploratoire, la recherche menée en 2020 sur les violences sexistes et sexuelles (VSS) dans le contexte de la crise Covid-19 en Afrique de l’Ouest a nourri la conception du projet Droits et santé des femmes au Burkina Faso, dont la deuxième phase, intitulée Se défendre, est actuellement mise en œuvre par Equipop et ses partenaires.

La recherche a également constitué une stratégie clé dans le cadre du projet Sansas. Les études menées sur la santé sexuelle et reproductive des adolescent-e•s et des jeunes ont permis non seulement d’affiner les interventions du consortium, mais aussi de dégager des orientations pour les futures politiques et actions en matière de DŠSR/Ado & jeunes au Sénégal.

De même, l’analyse situationnelle des violences gynécologiques et obstétricales au Sénégal constitue une activité phare du projet VGO. Réalisée dans quatre régions (Matam, Sédhiou, Dakar, Diourbel), cette étude a mobilisé une approche d’innovation sociale fondée sur des valeurs féministes de participation, d’inclusion et d’empouvoirement des filles, des adolescentes et des femmes.

Une dynamique en pleine ascension: la recherche participative féministe

Une dynamique centrale au sein d’Equipop est le développement de la recherche participative féministe, qui favorise une synergie d’action entre chercheures et militantes féministes de diverses géographies. Les leçons tirées du projet Jeunes féministes d’Afrique de l’Ouest – symposium de Cotonou sur les approches féministes des DSSR (mars 2024) et de la campagne regionale #CompterPourToutes pour la collecte de données sur les VSS – ont mis en évidence des constats convergents: la nécessité de renforcer la production et le partage de connaissances féministes. Pour y répondre, Equipop a lancé, dans le cadre du projet MAAG, le Fonds CollectivAct Recherche. Ce dispositif constitue un début de réponse aux demandes des mouvements féministes pour disposer de plus de moyens dédiés à la création de savoirs féministes.


A travers ce fonds, Equipop met au service des mouvements de jeunes féministes ses approches, méthodologies et dispositifs de soutien au pouvoir transformatif. Le Fonds CollectivAct Recherche représente ainsi une opportunité unique de structurer et de renforcer les liens entre recherche et militantisme, grâce à un mélange novateur de recherche participative féministe et de labs d’incubation.


Enfin, le fonds repose sur un mécanisme de financement flexible qui garantit un portage autonome des processus de production de connaissances par des partenaires féministes aux profils variés, réunis en consortium.


S’engager pour une génération féministe consciente des enjeux de solidarité internationale : un voyage d’échange riche en apprentissages

À l’occasion du festival Brisons le Silence, organisé par notre partenaire Filactions en novembre 2024, Equipop a organisé un voyage d’échanges féministes. Cette activité s’inscrit dans le cadre du projet Générations féministes: Lyon et sa métropole, territoire d’égalité.

Trois jeunes féministes, actrices clés des mouvements ouest-africains et fortes de parcours militants variés, ont fait le déplacement en France: Amandine Yao (Gouttes Rouges), Kadiatou Konaté (CJFLG) et Chanceline Mevowanou (JFAD). Aux côtés de nombreuses militantes de la sous-région ouest-africaine, elles contribuent à faire avancer les luttes pour l’égalité de genre. Pendant ce séjour, elles ont rencontré leurs homologues lyonnaises – plus d’une vingtaine d’acteur°rice°s – et participé à des actions collectives en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Un atelier d’une journée avec des acteur-rices de l’éducation populaire et de la solidarité internationale a ainsi permis d’échanger sur les défis sociaux, politiques et législatifs, tout en insistant sur lim-portance d’adapter les financements et de prévenir toute instrumentalisation des luttes féministes. Lors d’un café-débat avec des associations étudiantes féministes, telles que le CLIT (Université de médecine de Lyon) ou Eh Mademoiselle (Sciences Po), la discussion s est orientée sur la manière de construire un mouvement commun, tout en travaillant sur des champs d’action spécifiques et sur la nécessité de mutualiser les efforts face aux défis systémiques, à différentes échelles.

Cette semaine d’échanges a permis de renforcer les solidarités féministes transnationales, en mettant en lumière les oppressions croisées – de classe, de race et de genre – et en consolidant les actions féministes globales pour une égalité réelle.

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