L’Union de l’Action Féministe – section Tanger – œuvre depuis près de trente ans pour la défense des droits des femmes, la lutte contre les violences basées sur le genre et l’autonomisation économique des jeunes et des femmes au Maroc. À travers le projet Questions d’Égalité, porté par l’IRD et Equipop, elle renforce le leadership des jeunes filles, développe des espaces d’éducation à l’égalité et consolide les solidarités féministes face aux résistances sociales et culturelles. Dans cet entretien, l’UAF Tanger partage sa vision, ses priorités et les leviers d’action pour construire une égalité effective.
Pourquoi avez-vous décidé de participer au projet Questions d’Égalité et que représente ce partenariat pour votre organisation ?
Parce que les inégalités de genre sont de plus en plus criardes dans la société, l’Union de l’Action Féministe (UAF) lutte pour les droits des femmes demeure un combat quotidien et nécessaire depuis sa création. Parce que nous refusons la résignation et croyons en la capacité des femmes à agir, l’UAF- section Tanger a choisi l’action collective pour transformer les réalités sociales, économiques et culturelles. La participation au projet Questions d’égalité intègre notre stratégie d’action pour la promotion de la culture de l’égalité et lutter contre la discrimination de genre.
Quelles activités spécifiques menez-vous dans le cadre du projet dans votre pays ?
Le projet « Questions d’Egalité » a pour objectif de favoriser l’autonomisation des jeunes filles et la culture de l’égalité de genre en renforçant leur développement personnel, en sensibilisant à la lutte contre les inégalités et les violences de genre, et cela via plusieurs actions :
- Renforcement du leadership féminin chez les jeunes filles à travers le mentorat : initiative pour encourager et soutenir les jeunes filles dans leur développement personnel et professionnel. En mettant en place des programmes de mentorat, l’UAF aspire à offrir des modèles de rôle positifs, à renforcer la confiance en soi des participantes et à développer leurs compétences en leadership et permettre aux jeunes filles d’acquérir. Les mentorées bénéficieront de l’accompagnement de femmes leaders expérimentées qui partageront leur expertise et leurs expériences.
- Promotion de l’égalité de genre au sein des établissements d’éducation et formation professionnelle : Cette action se matérialisera par l’initiation de l’école de l’égalité au sein de l’université, lycée/collège partenaires de l’UAF, et Centre de formation professionnelle. Ces espaces seront disposés pour la sensibilisation et le dialogue où les jeunes pourront discuter des questions de genre, apprendre à reconnaître et à prévenir les comportements violents et promouvoir une culture d’égalité et de respect. Des ateliers, des campagnes de sensibilisation et des activités éducatives seront organisés pour engager activement les jeunes et les enseignants dans cette démarche.
- Renforcement de la communication de l’association et de la visibilité de ses actions : améliorer ses stratégies de communication et accroître la visibilité de ses actions. Cela inclut l’utilisation des médias sociaux, l’organisation d’événements publics, la publication de rapports et de témoignages. En renforçant la communication, l’UAF vise à sensibiliser un plus large public aux enjeux de l’égalité de genre et à mobiliser davantage de soutien pour ses projets.
Pourquoi le financement féministe flexible est-il important pour les mouvements féministes jeunes ?
Un tel financement permet aux associations féministes de développer des actions qui renforce la mise en œuvre de leur stratégie en faveur de la promotion de l’égalité et des droits des femmes, et répondre à des besoins spécifique et appropriés et permet aux associations de se renforcer structurellement.
Impact et changementDe quelles manières le projet contribue-t-il à renforcer le mouvement féministe en au Maroc, notamment dans un contexte parfois hostile aux droits des femmes
Le contexte marocain se caractérise par des résistances structurelles et culturelles malgré des avancées législatives notamment la réforme de la Moudawana, dispositions constitutionnelles sur l’égalité… Dans ce contexte, le projet contribue au renforcement du mouvement féministe au Maroc, surtout dans ce contexte parfois hostile aux droits des femmes, peut se manifester de plusieurs manières stratégiques et concrètes.
- Fournir des financements, des espaces de renforcement et d’appui technique aux associations féministes marocaines et aux réseaux d’alliances.
- Produire des données fiables via la recherche action pour interpeller les données, renforcer le plaidoyer national
- Encourager la convergence intergénérationnelle et thématique en créant des espaces de dialogue (le programme de mentorat) pour connecter les femmes militantes féministes avec les jeunes générations, permettre le partager des expériences avec les jeunes militantes pour renforcer leur engagement innovant et leurs perspectives pour la promotion des droits et égalité.
- Lutter contre les stéréotypes à travers les médias et les outils numériques pour diffuser un discours féministe inclusif, ancré dans les réalités marocaines
- Sensibilisation et éducation aux droits par des actions de sensibilisation de proximité pour informer les femmes et jeunes filles sur leurs droits et les encourager à exercer leur citoyenneté.
- Et bien sûr, mettre en place ou renforcer des centres de Annajda, d’aide directe aux femmes victimes de violence, en offrant un accompagnement juridique, psychologique et social, ce qui renforce le mouvement et sa crédibilité sur le terrain.
- Lutter contre les inégalités économiques
- Encourager la participation politique et citoyenne des femmes, en dotant le mouvement féministe des ressources, des outils nécessaires pour faire face aux défis conservateurs et institutionnels, et pour ancrer l’égalité de genre comme un fondement de toute action sociale et politique.
Quelles formes de solidarités ou de collaborations espérez-vous voir émerger avec les organisations féministes du Maroc, du Liban et de la Tunisie à travers ce projet ?
Il faudrait penser à un projet transnational impliquant des organisations féministes du Maroc, du Liban et de la Tunisie en vue de l’échange de bonnes pratiques découlant des expériences menées dans chacun des pays en termes de lutte contre la VBG, l’autonomisation économique et l’inclusion des générations futures dans le féminisme. On peut développer une plateforme d’échange de connaissances par exemples et mettre en place des ateliers de renforcement de compétences en leadership et plaidoyer à distance. On peut aussi penser à l’élaboration d’un livre blanc sur le harcèlement cybernétique et la participation politique des femmes dans ces pays. On peut penser à produire des podcasts dans les différents dialectes de ces pays pour mobiliser les jeunes à défendre l’égalité effective. Un réseau régional des associations féministes de ces pays peut devenir un catalyseur régional pour donner plus de visibilité au féminisme dans ces pays.
Si vous deviez résumer en une phrase le changement que vous espérez voir se concrétiser grâce à Questions d’Égalité, quelle serait-elle ?
« Ensembles pour l’égalité effective, ensembles pour une société vivent libres et épanouies. »
Quelles sont les prochaines grandes batailles ou priorités de votre organisation en tant qu’organisation féministe (UAF- Tanger) ?
Nos prochaines grandes batailles peuvent être déclinées comme suit :
- Continuer la lutte contre les VBG, notamment à travers la mise en place d’un protocole unifié pour la prévention, la protection et l’accompagnement des victimes, notamment face aux violences physiques, psychologiques et en ligne,
- Continuer à renforcer le travail des Cliniques juridiques pour lutter contre les VBG,
- Mettre en place les Ecoles de l’égalités dans les écoles primaires et secondaire de Tanger,
- Développer le programme du mentorat des jeunes féministes dans les régions rurales et péri-urbaines,
- Plaidoyer pour un projet de loi contre le cyber sexisme,
- Mettre en place des Cliniques de l’ESS dans la faculté des sciences juridiques et l’ENCG,
- Mettre en place des ateliers de formation pour les femmes migrantes et les femmes marocaines pour favoriser leur accès à l’emploi et à l’autonomisation économique.