Explorer les espaces de l’Union Africaine : Amplifier les voix militantes d’Afrique francophone au 42e pré-sommet GIMAC

Plaidoyer pour une approche féministe et intersectionnelle en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène

Gender Is My Agenda Campaign (GIMAC) constitue un espace stratégique d’influence auprès de l’Union africaine. En tant que plateforme d’égalité de genres continentale, GIMAC joue un rôle d’interface entre les organisations de la société civile et les instances décisionnelles africaines, en formulant des recommandations politiques sur les droits des femmes et l’égalité de genre.

Pour la première fois, Equipop a pris part à cet espace. Bien au delà d’une simple représentation institutionnelle, notre délégation traduisait une volonté claire : investir les arènes régionales pour y porter une lecture féministe et intersectionnelle des enjeux, en explorant les multiples dimensions du thème central de la 42ᵉ édition de GIMAC, l’eau, l’assainissement et l’hygiène (WASH

L’eau et l’assainissement au cœur du thème annuel de l’UA

Le 39e Sommet de l’Union africaine (UA), tenu à Addis-Abeba les 14 et 15 février 2026, s’est déroulé dans un contexte marqué par la persistance de crises sécuritaires, de conflits armés et de tensions autour du multilatéralisme. À cette occasion, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a salué l’Union africaine comme un “bastion du multilatéralisme” et appelé à renforcer les partenariats avec le continent.

Les chefs d’État et de gouvernement ont surtout fait de l’eau et de l’assainissement une priorité politique continentale, en lançant officiellement le thème de l’année 2026 : Assurer la disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour réaliser les objectifs de l’Agenda 2063. Cette priorité s’inscrit dans un contexte où plus de 400 millions de personnes en Afrique n’ont toujours pas accès à une source d’eau potable sûre et plus de 700 millions sont privées de services d’assainissement adéquats.

Pour Évariste Ndayishimiye, nouveau président en exercice de l’UA pour 2026, ce thème n’est ni abstrait ni symbolique : sa mise en œuvre devra constituer un pilier stratégique pour l’ensemble des États membres.

Au-delà de ces annonces, plusieurs messages clés ont émergé du sommet. L’Union africaine a été réaffirmée comme un acteur central de la gouvernance et de la paix sur le continent, même si ses limites face aux conflits persistants et aux crises humanitaires ont également été rappelées. Dans ce contexte, les ressources en eau et l’accès à des services WASH sûrs ont été présentés comme des enjeux structurants, à la fois pour la stabilité sociale, la prévention des conflits et la résilience des communautés.

Amplifier les voix de l’Afrique francophone dans les espaces continentaux

En lien avec ses objectifs de plaidoyer, Equipop structure son ancrage au sein des institutions africaines afin de renforcer sa présence, positionner ses partenaires d’Afrique francophone comme des actrices légitimes et engagées dans les espaces de plaidoyer continentaux, et promouvoir l’intégration d’analyses féministes dans les résolutions et mécanismes. Dans cette perspective, l’action d’Equipop vise à (re)prioriser l’égalité de genre ainsi que les DSSR dans les politiques publiques, les cadres législatifs et le débat public en Afrique de l’Ouest ; à renforcer la représentation effective des femmes, des jeunes et des groupes marginalisés dans les espaces de décision aux niveaux national, régional et multilatéral ; à favoriser l’accès à l’information et l’application des droits existants ; et enfin, à soutenir le renforcement de plaidoyers féministes collectifs à toutes les échelles, du local à l’international.

Bien que le continent africain regorge d’espaces continentaux dédiés à la société civile, GIMAC, un réseau d’organisation de femmes et de la société civile africaine lancé en 2002, s’est progressivement imposé comme un pilier du mouvement des femmes africaines et de la promotion de l’égalité de genres, notamment par la mise en œuvre des principaux instruments régionaux et internationaux en matière d’égalité. GIMAC constitue alors un espace stratégique d’influence auprès de l’Union africaine. En tant que plateforme d’égalité de genres continentale, GIMAC joue un rôle d’interface entre les organisations de la société civile et les instances décisionnelles africaines, en formulant des recommandations politiques sur les droits des femmes et l’égalité de genre, notamment en amont des Sommets de l’Union africaine.

C’est dans ce cadre que notre participation à la 42ᵉ édition de GIMAC s’est faite aux côtés de six militantes représentant le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Les réflexions en amont ont identifié l’espace comme une opportunité stratégique de renforcer l’influence des voix féministes d’Afrique de l’Ouest et du Centre, au niveau continental, notamment celles francophones. Être à GIMAC, c’était se positionner là où les recommandations prennent forme, pour s’assurer qu’elles reflètent les besoins et les expériences des activistes d’Afrique de l’Ouest et du Centre francophone et d’ouvrir des opportunités d’alliances continentales autour de thématiques pour l’égalité de genres. Bien au delà d’une simple représentation institutionnelle, notre délégation traduisait une volonté claire : investir les arènes régionales pour y porter une lecture féministe et intersectionnelle des enjeux, en explorant les multiples dimensions du thème central : l’eau, l’assainissement et l’hygiène (WASH).

Promouvoir une approche sensible au genre en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène

Souvent perçue en prime abord comme une thématique purement technique, politiser le WASH met en lumière les manières avec lesquelles l’accès à l’eau touche directement à la santé, la dignité menstruelle, la sécurité, la paix et les droits fondamentaux des populations ; entre autres enjeux sur lesquels les femmes, les jeunes et les populations en situations de vulnérabilités s’organisent et portent des solutions. Finalement, l’accès équitable à l’eau et à l’assainissement conditionne la mise en œuvre des DSSR, la prévention des violences sexistes et sexuelles, la dignité menstruelle, mais aussi la paix, la stabilité et la sécurité des communautés.
Les messages de plaidoyer élaborés dans un effort sous-régional collectif, notamment à travers deux séances de travail en ligne rassemblant une cinquantaine de militantes, ont inspiré les interventions des militantes constituant la délégation. Ces dernières ont porté une approche féministe et intégrée des politiques WASH, mettant en lumière les inégalités structurelles dans l’accès à l’eau et aux infrastructures d’assainissement sûres, ainsi que leur lien avec la santé et la dignité menstruelle, les DSSR, la prévention des violences et les agendas Femmes, Jeunes, Paix et Sécurité.

“Les DSSR sont des droits humains fondamentaux au même titre que l’accès à l’eau, et l’assainissement. Ce sont des facteurs indispensables à la protection contre les violences sexistes et sexuelles des personnes en situation de vulnérabilité.”

“ La dignité menstruelle est indissociable du droit à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène, ainsi qu’à l’égalité de genre. Elle est une condition de dignité, de santé et de citoyenneté pour les personnes menstruées, réduisant les facteurs de discrimination, d’insécurité, de violences et de risques sanitaires.”

“L’accès équitable et sécurisé à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène est un enjeu central de paix et de sécurité : mal gérées, les ressources hydriques alimentent les tensions et les conflits ; gouvernées de manière inclusive, avec les femmes et les jeunes au cœur des décisions, elles deviennent un levier de cohésion sociale, de résilience communautaire et de stabilité durable.”

[Cliquez ici pour consulter le document intégral des messages de plaidoyer Visuel 42GIMAC2 FINAL.pdf]

Renforcer le plaidoyer féministe à l’échelle continentale

Enfin, la plus-value de notre participation s’est située à l’intersection d’une lecture militante du thème annuel de l’Union africaine et de la facilitation de participations d’Afrique de l’Ouest et du Centre francophone, en particulier de jeunes militantes et de militantes issues du Sahel. Cette approche a permis, d’une part, de mettre en lumière des contextes et expériences à la fois spécifiques et largement partagés par les femmes, les filles et les personnes minorisées à travers différentes régions du continent africain, et, d’autre part, de contribuer à combler la sous-représentation des jeunes ainsi que des voix francophones, lusophones et locales dans les espaces de plaidoyer continentaux.

Dans cette dynamique, nous poursuivons le partenariat engagé avec le GIMAC, en capitalisant sur les rencontres stratégiques du 42e pré-sommet, et assurons le suivi des mécanismes permettant l’intégration des recommandations finales et des messages de plaidoyer portés par nos militantes dans le document final du GIMAC, ainsi que leur transmission aux instances de l’Union africaine. 

À ce titre, Equipop réaffirme son engagement à amplifier les voix et les priorités des militantes féministes francophones d’Afrique de l’Ouest et du Centre et de renforcer les plaidoyers féministes collectifs, à toutes les échelles. 

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