Face aux violences basées sur le genre (VBG), les organisations féministes sont quotidiennement confrontées à des situations où les réponses apportées ne permettent pas toujours de lever les obstacles rencontrés par les survivantes. Difficultés d’accès aux services, stigmatisation, insuffisance de prise en charge, lenteur des procédures ou dysfonctionnements institutionnels : derrière chaque situation individuelle peuvent se révéler des problèmes plus structurels.
Et si certaines de ces situations pouvaient contribuer à faire évoluer les pratiques ?
C’est précisément ce que peut permettre le contentieux stratégique : partir d’une situation individuelle pour mettre en lumière un dysfonctionnement structurel, faire évoluer une pratique ou renforcer une action de plaidoyer. Cette approche était au cœur d’un atelier organisé à Bohicon par ROAJELF Bénin, dans le cadre d’un projet visant à améliorer la prise en charge des survivantes de VBG, avec le soutien du fonds Féministes en Action (financement AFD).
L’enjeu est de dépasser le seul constat des difficultés rencontrées sur le terrain pour identifier ce qui peut être transformé. Une situation peut ainsi conduire à interroger une pratique institutionnelle, documenter une carence, mobiliser un mécanisme de recours ou nourrir un plaidoyer visant une évolution plus large.
Mais cela suppose de poser les bonnes questions : quel changement cherche-t-on à obtenir ? Cette situation peut-elle réellement y contribuer ? Et comment agir sans exposer davantage la personne concernée ?
Cette réflexion invite à renforcer les passerelles entre organisations de terrain, professionnel·les du droit et autres acteurs engagés dans la lutte contre les VBG, afin de construire des réponses à la fois pertinentes, stratégiques et protectrices.
Faire de l’expérience de terrain une force de transformation
Les situations rencontrées dans l’accompagnement constituent une source précieuse pour comprendre les obstacles qui persistent et identifier les leviers d’action. Mieux les documenter, les analyser et les mettre en perspective peut permettre de faire émerger des problématiques communes et de renforcer les stratégies de plaidoyer. Le cas individuel devient alors un point de départ pour interroger le système et l’améliorer.
C’est dans cette perspective que ROAJELF Bénin a organisé une formation sur le contentieux stratégique réunissant une vingtaine d’actrices et d’acteurs, notamment des organisations intervenant dans la santé, la prévention et la protection des survivantes de VBG, ainsi que des avocates et des journalistes.

Et maintenant, passer de l’apprentissage à l’action
Deux mois après l’atelier, l’enjeu est pour l’organisation et ses partenaires, de faire vivre cette dynamique : poursuivre la documentation, renforcer les capacités d’analyse et développer les collaborations entre organisations féministes, professionnel·les du droit et autres acteurs concernés. L’ambition est simple, mais exigeante : transformer les expériences de terrain en capacité d’action collective. Car faire reculer les violences ne consiste pas seulement à mieux répondre aux situations lorsqu’elles surviennent. C’est aussi identifier ce qui, dans les pratiques et les systèmes, permet leur persistance, et chercher les leviers pour le transformer.
À nous maintenant de faire de chaque expérience documentée une occasion d’apprendre, de chaque alliance une force d’action et, lorsque les conditions sont réunies, de chaque situation un possible point d’appui pour le changement.
Et vous, quels leviers vous semblent aujourd’hui les plus efficaces pour passer du constat à la transformation ?Et si, au-delà de chaque situation individuelle, nous cherchions aussi les leviers capables de faire évoluer durablement les pratiques et les systèmes ?