– Tribune – Pas d’égalité sans vrais budgets

A une semaine de l’ouverture du Forum Génération Égalité, le 30 juin à Paris, les membres du Réseau des Jeunes Féministes d’Afrique de l’Ouest prennent la parole, afin que l’égalité ne demeure pas un concept, mais devienne un engagement ferme et chiffré. Il n’y a pas d’égalité possible sans budget dédié.

Leur tribune a déjà été diffusée, depuis le 23 juin, dans les médias de 8 pays :

[vc_separator color= »#b3ada9″]

En 1995, se tenait à Pékin le premier grand rassemblement mondial pour l’égalité, où les États du monde entier ont pris des engagements. La plupart d’entre nous n’étaient même pas né·e·s. Toute notre vie, nous avons donc grandi dans un monde où les promesses de luttes contre les violences basées sur le genre n’ont pas été tenues.

Nous, Jeunes Féministes d’Afrique de l’Ouest francophone, sommes conscient·e·s des efforts régulièrement fournis par nos dirigeant·e·s dans la rédaction de magnifiques discours. Mais nous réclamons un réel investissement financier dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Mieux vaut une victime prise en charge et sauvée que cent discours qui nous répètent les mêmes rimes. Quand on sait que 30 % des filles ouest-africaines âgées de 15 à 19 ans sont mariées, divorcées ou veuves… quel avenir pour elles, sans moyens, sans structures d’accueil ? Quand des millions de filles excisées doivent être accompagnées dans leur reconstruction, bâtir des centres de prise en charge holistique ne se fera pas avec des déclarations de principe ! Combien de victimes de violences pourraient être prises en charge en débloquant plus de moyens pour les associations locales, y compris dans les zones les plus reculées ? Encore une question : trouvez-vous judicieux de ne pas faire confiance aux organisations de femmes et de filles qui triment sans relâche au quotidien sur le terrain, auprès des victimes ?

Bon nombre de déclarations internationales ont été faites pour rendre les services de droits et santé sexuels et reproductifs (DSSR) plus accessibles aux filles et aux jeunes femmes. Néanmoins, ces promesses doivent encore être transposées dans la législation nationale de nombreux pays. Dans la réalité, ces droits sont donc loin d’être garantis. Dans notre volonté de changement, nous, membres du Réseau des Jeunes Féministes d’Afrique de l’Ouest, exigeons des services de santé adaptés et non stigmatisants. Qu’attendent les États pour nous accompagner ?

25 ans après Pékin, nous revoilà sur les traces des engagements pris par nos États à l’occasion du Forum Génération Égalité, qui a lieu du 30 juin au 2 juillet à Paris. Puisque nous sommes la “génération égalité”, donnez-nous les moyens pour co-construire et vivre dans un monde sans violences basées sur le genre (VBG) ! Trop de filles et de femmes sont encore victimes de mariages forcés, de mutilations sexuelles et d‘autres formes de VBG. Elles suivent les choix dictés par la société et non ceux qu’elles auraient fait elles-mêmes. Les féministes continuent d’être en danger pour la cause qu’elles défendent, et la question des DSSR continue d’être un sujet de seconde classe pour nos gouvernants. Jusqu’à quand devons-nous crier notre mécontentement ?

Aujourd’hui, nous nous adressons à vous, les États présents au Forum, et particulièrement les États ouest-africains : saisissez cette opportunité pour investir dans les programmes d’éducation des filles et femmes, subventionnez les organisations féministes locales et associez-nous systématiquement à la table de discussion. Car c’est ensemble que nous écrirons la nouvelle page de l’histoire.

Aujourd’hui, débute à 13 heures GMT un grand “tour du monde” virtuel féministe, dans le cadre de la mobilisation mondiale #StopTalkingStartFunding. Pendant 24 heures, des féministes du monde entier vont partager en ligne leurs réalités à travers des événements militants. Nous y serons. Et nous comptons sur votre présence. Cela n’a l’air de rien, mais votre présence, même virtuelle, contribuera à ce mouvement progressiste pour les droits des femmes et filles dans le monde.

[vc_separator color= »#b3ada9″]

Signatures   Bénin : Irmine Ayihounton, Carine Hountondji, Jonas Kindafodji, Mariette Montcho, Mistoura Salou Burkina Faso : Viviane Dah Konditamdé, Wendyam Micheline Kabore, Ezoma Juliette Nathalie Bakyono Côte d’Ivoire : Agathe Blanc, N’tchin Ephrasie Coulibaly Guinée : Hadja Idrissa Bah, Denise Epiphanie Haba, Antoine Fassou Loua Mali : Awa dite Mah CamaraOumou Salif Toure Mauritanie : Dieynaba Ndiom Niger : Halimatou Zika Sombeize Sénégal : Rose Diémé, Nene Fatou Maricou Rocha, Zipporah Ndione, Aminata Thioye

Crédits image : Noémie Klein

Pour aller plus loin

25 novembre 2025

Journalistes & Féministes : mieux informer pour préserver la démocratie

Backlash contre les droits des femmes et personnes LGBTQIA+, montée des extrêmes droites, désinformation climatique, attaques contre la solidarité internationale : dans ce contexte, les médias ne sont pas de…

25 novembre 2025

Trois jours pour renforcer les voix du plaidoyer féministe au Bénin : un atelier qui tisse savoirs, expériences et stratégies collectives

Du 17 au 19 novembre 2025, Ouidah a accueilli un moment fort du projet « Pour des agendas féminiSTES Paix et Sécurité – Afriques de l’Ouest et du Sahel solidaires…

24 novembre 2025

Décrypter les politiques étrangères féministes : retour sur la quatrième Conférence ministérielle sur les Diplomaties Féministes (Paris, 22-23 Octobre 2025)

Dans un contexte de recul des droits et de crise des financements, la Conférence ministérielle sur les diplomaties féministes a réuni 31 États à Paris. Les activistes féministes qui ont…

Vous recherchez quelque chose ?