Deux ans après la précédente édition, la 3e Agora féministe s’est tenue du 17 au 20 novembre 2025 à Cotonou. Pendant quatre jours, cet événement co‑organisé par Equipop et le comité d’orientation – composé de 8 militantes – a rassemblé 45 militantes féministes d’Afrique de l’Ouest francophone.
L’Agora 2025 a été un temps fort pour se retrouver, faire le point sur les luttes menées ces dernières années, renforcer les solidarités et penser collectivement des stratégies et des futurs désirables.
“ Pour ma part, je pense que participer aux différentes agora a été un grand pas : ça nous a permis d’avoir une initiative nationale qui est aujourd’hui régionale, et qui on l’espère sera internationale.(…) Merci pour cette sororité.” Salematou Baldé
Une Agora placée sous le signe de la co‑construction
Pour cette troisième édition, le comité d’orientation de l’Agora a engagé un travail préparatoire de 6 mois. Cette démarche s’est appuyée sur un sondage auprès des anciennes participantes afin de recueillir leurs retours sur les précédentes éditions.À partir de ces contributions, le comité a fait le choix de structurer l’Agora 2025 autour de quatre journées thématiques, pensées comme un parcours collectif et progressif :
- Nos valeurs communes et la construction d’une vision à long terme de l’espace Agora ;
- Nos analyses et l’élaboration de stratégies féministes de riposte face aux mouvements anti-droits;
- Nos pratiques collectives et nos modes de relation au sein des mouvements ;
- Un événement mobilisateur ouvert aux allié·e·s.
Construire une vision commune de notre espace
Cette troisième édition a été facilité par un travail de fond sur la vision et les valeurs qui fondent l’Agora féministe. Les échanges ont été l’occasion de réaffirmer les principes qui rassemblent la communauté : solidarité, intersectionnalité, respect mutuel et gestion des conflits, redevabilité, création d’alliances, bien-être et soin collectif.
Ce temps de réflexion collective a posé les bases pour imaginer l’avenir de l’Agora comme :
- un espace féministe sécurisé, attentif aux enjeux de genre, de handicap et de communication ;
- un espace de réflexion, d’apprentissage et de co‑construction stratégique ;
- un espace sorore, favorisant l’écoute, le partage d’expériences et le renforcement mutuel.
La transmission entre les différentes éditions de l’Agora et sur les conditions nécessaires pour préserver, dans la durée, un espace réellement inclusif et protecteur est un enjeu clé
Nous organiser face aux mouvements anti‑droits
L’attention des participantes s’est également portée sur l’analyse des mouvements anti‑droits : leur influence croissante, leurs discours, leurs stratégies et leurs modes opératoires. À partir de ces constats, elles ont partagé des expériences de résistances féministes déjà mises en œuvre dans leurs contextes respectifs.
Il y a une véritable volonté commune de passer à l’action, avec le choix de travailler à l’élaboration d’un plan d’action collectif, ainsi qu’à la rédaction d’un manifeste féministe, comme outils de mobilisation et de riposte politique.
Mettre en avant le bien‑être, célébrer la sororité et exprimer notre créativité
Un espace de discussion a été créé sur le collectif féministe : ce qu’il apporte en termes de force, de soutien et de puissance, mais aussi les tensions et les blessures qu’il peut parfois générer. À partir de témoignages forts sur la sororité, les participantes ont également identifié les points sur lesquels les mouvements doivent progresser, notamment en matière de gestion des conflits.
Des cercles de parole plus intimistes ont permis d’approfondir les réflexions sur les amitiés féministes, les liens sorores et le soin mutuel.
Cet espace a aussi été marquée par une forte dimension créative : ateliers d’écriture (création de contes féministes, récits d’utopies, lettres à soi‑même ou à une autre femme) et de danse. Un open mic a offert à chacune un espace d’expression libre, artistique et politique, et nous a permis de réaliser l’ampleur du talent des féministes !
“Je suis touchée et fière de cet espace : c’est un espace qui m’a permis de rencontrer les sœurs féministes de tout horizon et de partager avec elles beaucoup de choses, d’ailleurs et d’ici. Les échanges contradictoires que nous avons eu ici m’ont marquée. Que cela continue ainsi !” Madeleine Gaoue

Une clôture tournée vers l’ouverture et la suite
Une conférence “Sororités francophones”, ouverte au grand public, est venue prolonger les réflexions autour du thème : Penser des panafricanismes féministes : faire face aux récupérations anti-droits.
Ce moment de discussion collective a permis d’analyser la récupération contemporaine des discours de libération par des régimes militarisés et conservateurs, et d’ouvrir une réflexion critique sur les usages politiques du langage de la souveraineté, mais aussi d’explorer les fondements d’un panafricanisme féministe, solidaire et décolonial, centré sur le care, la justice reproductive, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, les libertés et les résistances populaires.
L’Agora féministe 2025 a ainsi confirmé son rôle d’espace politique, stratégique et profondément humain, au service des luttes féministes et de la construction collective de futurs désirables.
“Cette participation à l’Agora a été une très belle opportunité pour moi : depuis mon arrivée je me sens à l’aise. Ca été une opportunité d’acquérir plus de connaissances sur le féminisme, de savoir quoi faire, vous m’avez toutes influencé positivement, chacune à votre manière.” Thérèse Akakpo