En septembre 2024, Equipop alertait sur “l’onde de choc internationale” que provoquerait une réélection de Trump, notamment pour les droits des femmes. Un an après son investiture à la Maison Blanche, ces alertes se sont largement confirmées, avec un backlash inédit par sa vitesse et sa brutalité. Démantèlement de USAID, offensives diplomatiques à l’ONU…
Toutes ces décisions ont un impact dramatique sur la santé et les droits des femmes dans le monde, jusqu’en France, où des personnalités politiques appellent à imiter la méthode trumpiste. Les attaques anti-genre de Trump, toujours en cours, ont aussi constitué la première étape d’un agenda plus large qui sape aujourd’hui les démocraties, le multilatéralisme et le droit international. Dans ce contexte, les Etats qui, comme la France, revendiquent une diplomatie féministe, ont un rôle crucial et urgent à jouer.
Un backlash qui nous concerne tou·te·s
Lors de son premier mandat, déjà, Donald Trump s’était attaqué de façon particulièrement agressive aux droits des femmes, comme en a témoigné, par exemple, le tollé provoqué en 2019 par le l’opposition des Etats-Unis à une résolution du Conseil de sécurité sur la prise en charge des femmes victimes de violences et crimes de guerre, sous prétexte que cela était contraire à la politique anti-avortement américaine. En nommant des juges conservateurs et anti-choix à la Cour Suprême, Donald Trump a aussi méthodiquement plnaifié et largement contribué à la révocation de l’arrêt Roe vs Wade, mettant fin au droit à l’avortement au niveau fédéral.
Avec son deuxième mandat, Trump a franchi un nouveau cap : établissement du White House Faith Office ; censure du simple usage du mot “femme” dans les recherches en santé ; interdiction faite à l’administration américaine parler de la “Journée mondiale de lutte contre le sida”… Non seulement ces mesures ont été encore plus violentes que lors du premier mandat de Trump, mais elles ont aussi ouvert la voie à d’autres attaques, plus larges, contre les autres piliers de démocraties, comme le droit à la santé, à la vie privée, à l’information, l’accès au savoir et à la science… Les nombreux accords bilatéraux récents en matière de santé mondiale signés avec plusieurs pays d’Afrique illustrent la manière dont les États-Unis tirent parti du démantèlement de l’aide internationale pour contraindre des États partenaires à adopter des positionnements réactionnaires et ouvertement hostiles aux droits humains.
Le backlash orchestré par Trump est inédit à plusieurs égards, par sa vitesse et sa brutalité. Mais la dynamique qui le sous-tend n’est pas nouvelle : les attaques contre les droits des femmes sont quasi systématiquement des signes précurseurs de l’avènement de régimes autoritaires et anti-démocratiques. Et bien souvent, d’ailleurs, elles ne suscitent pas une indignation citoyenne et politique d’envergure, jusqu’à ce que toutes les libertés individuelles, associatives, civiques et politiques tombent.
C’est d’autant plus préoccupant que les actions de Donald Trump encouragent d’autres dirigeant·e·s, à travers le monde, à renoncer à leur tour à la défense des droits des femmes et des personnes LGBTQIA+. En se posant en chef de file d’une véritable internationale réactionnaire, Trump fédère des acteurs que tout oppose, mais qui rassemblent leurs forces pour le pire, dès lors qu’il s’agit de s’attaquer aux droits des femmes. Alors que les financements de l’aide publique au développement s’effondrent dans tous les pays traditionnellement engagés dans la solidarité internationale, les mouvements anti-droits s’organisent à l’échelle transnationale et sont extrêmement bien financés.
Les mouvements féministes, un bouclier face à l’internationale réactionnaire
La haine de Donald Trump pour les mouvements féministes n’est pas un hasard. Ces mouvements sont parmi les premiers qui se dressent contre ses politiques rétrogrades et ceux qui mettent au défi l’ordre patriarcal et viriliste sur lequel il fonde son action et sa vision du monde. Ils sont un contre-pouvoir essentiel qui demande des comptes aux gouvernements, saisit les agences onusiennes lorsque le droit international est bafoué, et soulève les foules partout dans le monde pour faire la lumière sur des enjeux passés sous silence, comme les violences sexistes et sexuelles, et pour faire avancer la démocratie plus largement. Parce qu’elles sont souvent en première ligne face aux grandes crises contemporaines — changement climatique, conflits armés, ou encore crises sanitaires — les femmes et les activistes féministes occupent une position centrale dans la compréhension et la résolution des enjeux du XXI siècle.
Pour pouvoir faire front, les mouvements féministes ont besoin de bien plus qu’une reconnaissance symbolique : ils ont besoin de financements pérennes, à la hauteur des enjeux qu’ils portent. Les échéances nationales et internationales à venir offrent une opportunité décisive pour réinvestir les espaces multilatéraux et repenser les modalités de l’action collective.
Pour la France, l’enjeu est d’autant plus central qu’il s’agit de mettre en cohérence ses ambitions avec la récente adoption de sa stratégie pour une diplomatie féministe, qui affirme la nécessité de décliner l’égalité de genre dans l’ensemble de son action extérieure. Ce rôle de chef de file devra être pleinement assumé, notamment lors de la présidence française du G7. Dans un contexte marqué à la fois par des incertitudes nationales — avec la montée de l’extrême droite et les élections à venir — et par des crises multilatérales, la France doit provoquer un sursaut politique collectif pour mettre un terme à la sidération face à Trump et passer à l’action.