Sororités Francophones #12 – Luttes féministes : imaginer des paix durables

Dans un contexte mondial marqué par la multiplication des conflits, la montée des autoritarismes et la fragilisation des droits humains, les féministes continuent d’imaginer et de construire des alternatives politiques. Quels rôles jouent-elles dans les processus de paix ? Quelles formes prennent leurs luttes face aux violences, aux crises et aux injustices ?

Lors de la 12ᵉ édition du cycle de conférences Sororités francophones, trois militantes féministes issues de contextes différents ont tenté de répondre à ces questions : Yasmina Benslimane, Anny T. Modi et Épiphanie Nodjikoua Dionrang.

  • Yasmina Benslimane est une militante féministe engagée pour l’égalité de genre et la justice sociale. Originaire du Maroc, elle a fondé Politics4Her, la plus grande organisation intersectionnelle féministe dirigée par des jeunes, ainsi que Climate Sirens, une entreprise sociale dédiée à la justice climatique. Ses engagements lui ont valu de nombreuses distinctions, dont le BBC 100 Women, le Forbes 30 Under 30 et le titre de bâtisseuse de paix d’ONU Femmes.
  • Anny T. Modi est une activiste congolaise des droits des femmes. Co-lead du pilier « Femmes, Paix et Sécurité » de l’African Women Leaders Network (AWLN), elle coordonne le Consortium national pour la solidarité humanitaire féministe en faveur des femmes et des filles en RDC. Membre de nombreuses coalitions, elle se surnomme « la maman des Amazones ».
  • Épiphanie Nodjikoua Dionrang, alias Fanny’s d’Or, est slameuse et militante féministe tchadienne. Présidente de la Ligue Tchadienne des Droits des Femmes, elle œuvre pour l’égalité et contre les violences faites aux femmes. Elle est également membre du Réseau des Elles du Sahel.

Féminismes et paix : une vision politique

Dès l’ouverture de la rencontre, les modératrices ont rappelé l’objectif du cycle Sororités francophones : créer un espace de dialogue féministe transnational, où se croisent expériences, analyses et stratégies de lutte.

Pour Yasmina Benslimane, la paix ne peut être pensée sans justice sociale :

« On ne peut pas parler de paix sans parler d’inégalités structurelles, de patriarcat et de domination. »

Elle souligne que les féministes sont souvent en première ligne dans les mobilisations pour la justice climatique, sociale et politique, mais restent largement exclues des espaces de décision.

Femmes, conflits et invisibilisation

Anny T. Modi revient sur la situation en République démocratique du Congo. Elle rappelle que les femmes sont parmi les premières victimes des conflits armés, tout en étant marginalisées dans les processus de résolution :

« Les femmes sont présentes sur le terrain, elles organisent la solidarité, elles résistent, mais elles sont absentes des tables de négociation. »

Elle insiste sur la nécessité de reconnaître les savoirs et les pratiques féministes comme des ressources politiques à part entière, et non comme de simples initiatives communautaires.

Art, militantisme et résistance

Pour Épiphanie Nodjikoua Dionrang, slameuse et militante féministe tchadienne, l’art constitue un outil central de lutte et de transformation sociale. À travers le slam, elle cherche à rendre visibles les violences faites aux femmes et à questionner les normes sociales :

« La parole est une arme. Quand on parle, on dérange, mais on ouvre aussi des espaces de conscience. »

Elle souligne que la création artistique permet de toucher d’autres publics et de politiser des expériences souvent reléguées à la sphère privée.

Construire des solidarités féministes transnationales

Au fil des échanges, les intervenantes ont mis en lumière un enjeu central : la nécessité de renforcer les solidarités féministes au-delà des frontières. Face à des systèmes de domination globalisés, les luttes féministes doivent elles aussi s’organiser de manière transnationale.

Comme le résume Anny T. Modi :

« Nos combats à toutes sont différents, mais ils sont liés. C’est dans la mise en commun de nos expériences que nous trouvons de la force. »

Cette 12ᵉ édition de Sororités francophones a ainsi permis de rappeler que les féminismes ne se contentent pas de dénoncer les violences et les injustices : ils proposent des visions politiques alternatives, fondées sur la justice, la solidarité et la transformation sociale.

À propos du cycle Sororités francophones

Le cycle de conférences Sororités francophones est une initiative conjointe du Réseau des jeunes féministes d’Afrique de l’Ouest et d’Equipop. Il vise à créer un espace de réflexion et de dialogue autour des féminismes, en confrontant des expériences issues de différents contextes francophones.

À travers ces rencontres, l’objectif est de nourrir des récits féministes pluriels, de renforcer les solidarités transnationales et de mettre en commun des analyses et des stratégies de lutte.

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