À la CSW 2026, Equipop renforce le plaidoyer féministe francophone pour l’accès à la justice

Du 9 au 20 mars 2026, la Commission sur le statut des femmes (CSW) tiendra sa 70e session au siège des Nations Unies à New York. Forum intergouvernemental mondial dédié à l’égalité de genre et au suivi de la Déclaration et Plateforme d’Action de Pékin, adoptées par la communauté internationale en 1995, la CSW constitue un espace stratégique où gouvernements et société civile évaluent, négocient et réaffirment leurs engagements en matière de droits des femmes. Cette année, le thème prioritaire de la CSW 70 est : Garantir et renforcer l’accès à la justice pour toutes les femmes et les filles, notamment en promouvant des systèmes juridiques inclusifs et équitables, en éliminant les lois, politiques et pratiques discriminatoires, et en s’attaquant aux barrières structurelles.”

Espace incontournable de plaidoyer sur les enjeux d’égalité de genre, la CSW est pourtant régulièrement questionnée par des organisations féministes. En cause : la montée d’États conservateurs dans les négociations, des compromis diplomatiques qui affaiblissent certaines avancées, ainsi que des obstacles d’accès pour les organisations du Sud (visas, accréditations ECOSOC, coûts). De plus, le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales – dont ONU Femmes, qui opère comme secrétariat de la CSW – s’accompagne de mesures de visas restrictives visant plus de 70 pays, frappant particulièrement les pays d’Afrique francophone, limitant de facto l’accès des féministes et organisations de la société civile de ces pays aux instances clés des Nations Unies à New York. Depuis le 1er janvier 2026, les ressortissant·es de 39 pays doivent verser une caution pouvant atteindre 15 000 dollars pour obtenir un visa temporaire dans le cadre du programme de caution (“Visa Bond Program”), rendant pratiquement inaccessibles les espaces de négociation, de formation et de plaidoyer pour la majorité des activistes. Parallèlement, le renforcement du contrôle des autorités américaines sur les réseaux sociaux et la surveillance numérique limite leur liberté d’expression et leur capacité à documenter ou relayer leurs actions, constituant ainsi un obstacle majeur à la participation des mouvements féministes aux espaces internationaux de décision.

Face à ce contexte, certains mouvements féministes ont décidé de ne pas participer physiquement à cet événement. Cette décision reflète à la fois des préoccupations concrètes, violences aux frontières, risques sécuritaires et difficultés de déplacement pour les activistes du Sud, et des critiques plus structurelles du processus CSW, dont les efforts pour traduire la présence féministe en influence politique réelle sont jugés insuffisants. 

Pourquoi Equipop se rend à la CSW

Equipop a tout de même fait le choix de participer activement à la CSW cette année – comme les précédentes -, aux côtés d’une délégation de l’Alliance Féministe Francophone, un projet porté collectivement par Equipop, la Fédération Internationale pour les Droits Humains (FIDH) et le Fonds pour les Femmes en Méditerranée (FFMed).

Ainsi, notre présence à la CSW70 vise à :

  • faciliter la participation des féministes francophones aux espaces de décision internationaux ; 
  • renforcer la voix des survivantes de violences sexuelles et des militantes francophones engagées pour l’accès à la justice, la lutte contre toutes les violences basées sur le genre dont les mutilations sexuelles féminines, et la justice menstruelle, de genre et économique.
  • construire des alliances transnationales face aux reculs des droits ;
  • promouvoir une conception de la justice centrée sur les survivantes de violences basées sur le genre, au-delà d’une approche strictement juridique ;
  • rappeler que les décisions internationales doivent se traduire par des changements concrets pour les femmes et les filles.

Un moment historique : l’accès à la justice au cœur des débats internationaux

La question de l’accès à la justice pour les femmes et les filles demeure un enjeu capital. Dans un contexte mondial marqué par une fragilisation préoccupante de l’état de droit, la justice ne progresse pas au rythme des engagements internationaux. Les Etats ont pourtant des obligations juridiques claires : respecter, protéger et garantir les droits humains. Cela implique d’enquêter, poursuivre, sanctionner, réparer et prévenir la répétition de violations des droits. Malgré l’existence de cadres juridiques nationaux et internationaux, la justice demeure hors d’atteinte pour beaucoup. Au contraire, dans de nombreuses régions du monde, on observe :

  • des obstacles persistants, qu’ils soient juridiques, politiques, financiers, institutionnels et culturels – comme la non-application des lois, le manque de volonté politique et d’investissements adéquats, la persistence d’une culture du viol et la banalisation de l’impunité – empêchant les femmes et les filles d’accéder à des mécanismes de justice effectifs ;
  • des restrictions croissantes de l’espace civique – marquées par des hausses de criminalisations, surveillances et représailles – limitant la capacité des organisations féministes à se mobiliser et à documenter les violations ;
  • la montée en puissance de mouvements anti-droits qui remettent en cause les acquis en matière d’égalité de genre ;

Pour les survivantes de violences sexuelles et basées sur le genre en particulier, les obstacles structurels en temps de paix se retrouvent exacerbés en contexte de conflit. Trop souvent, la justice est réduite à une vision étroite : enquête, procès, condamnation, peine prononcée. Or, un verdict ne suffit pas. Pour les survivantes, garantir l’accès à la justice signifie aussi :

  • la reconnaissance officielle des violences basées sur le genre comme crimes ;
  • le fait d’être crues, entendues et protégées ;
  • l’accès à une prise en charge médicale, psychosociale et juridique de qualité ;
  • des réparations effectives ;
  • la possibilité de contribuer à une mémoire collective qui reconnaît les crimes commis.

Pour l’Alliance Féministe Francophone (AFF), l’accès à la justice doit revêtir une vision holistique et ne peut être dissocié de revendications pour :

  • un financement pérenne et substantiel des mouvements féministes ;
  • la défense active des droits acquis face aux offensives conservatrices ;
  • la participation pleine et entière des activistes aux espaces multilatéraux ;
  • la garantie des droits et de la santé sexuels et reproductifs ;
  • une lutte systémique contre les violences sexistes et sexuelles, y compris lorsqu’elles sont utilisées comme arme de guerre.

Placer les survivantes au centre des politiques publiques, assurer une prise en charge holistique, appliquer réellement les lois existantes et garantir des réparations effectives : tels sont les changements structurels nécessaires. Dans un moment historique marqué par les attaques contre le multilatéralisme et les droits humains, défendre l’accès à la justice n’est pas un principe abstrait — c’est une bataille politique pour empêcher les reculs et construire des sociétés plus justes et égalitaires.

Retrouvez Equipop à la CSW

A New York, Equipop et l’Alliance Féministe Francophone (AFF) sont heureux de vous inviter à les rejoindre autour de quatre évènements parallèles : 

  1. Mardi 10/03, 16:30 – 18:00 « Accès à la justice pour les femmes défenseuses des droits humains » avec la Women Human Rights Defenders Coalition, Church Center, 11e étage. Inscriptions : http://bit.ly/3OdYoEC 
  2. Mardi 10/03, 18:30-20:00  : « L’accès à la justice : les survivantes de violences sexuelles liées aux conflits font entendre leurs revendications. » avec la FIDH et la Fondation Mukwege, Church Center, 10e étage. Inscriptions : https://forms.fillout.com/t/gue87rm1rBus 
  3. Jeudi 12/03, 10:00 – 12:00 : «Quand les traités rendent justice » avec Fos Feminista, Japan Society. 
  4. Vendredi 13/03, 17h00 – 20h30 : « Accès à la justice pour les femmes en Méditerranée » avec FFMED, The People’s Forum. Inscriptions : https://bit.ly/4pMoHyI 

Si vous souhaitez entrer en contact avec la délégation d’Equipop et de l’AFF à la CSW70, n’hésitez pas à nous écrire à : contact@alliancefeministefrancophone.org

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