50ème Commission sur la Population et le Développement : retour sur la participation de Célestin Compaoré, membre d’Alliance Droits et Santé

50ème Commission sur la Population et le Développement : retour sur la participation de Célestin Compaoré, membre d’Alliance Droits et Santé

Célestin Compaoré, coordonnateur de l’association SOS Jeunesse et Défis, membre burkinabè d’Alliance Droits et Santé, a participé cette année pour la première fois à une commission de l’ONU. En quelques lignes, il a accepté de revenir sur les grands enjeux de ces négociations, ainsi que sur sa participation à ce forum international.

Equilibres & Populations : Cette année a eu lieu la 50ème session de la CPD dont le thème est « Changing population age structures and sustainable development » : quels sont selon vous les grands enjeux de cette session pour répondre aux questions de populations et développement ? 

Celestin Compaoré : Cette session était avant tout l’occasion pour les pays de réfléchir aux questions de dividende démographique et de croissance de la population. Pour cela, les sujets tels que les droits et la santé sexuels et reproductifs (DSSR) et l’éducation sexuelle complète doivent être à l’ordre du jour. Cette session est également l’occasion de voir de quelle manière les nations peuvent mettre en œuvre des politiques en faveur des jeunes, au regard des engagements nationaux, régionaux et internationaux, notamment sur la question du lien entre la santé de la reproduction et le développement durable.

Equipop : Quel rôle particulier les pays d’Afrique de l’Ouest peuvent-ils avoir dans les négociations ? 

C.C : Lors des négociations à l’ONU, les pays africains négocient en groupe, dans le « groupe Africain ». Ce groupe, au même titre que l’Union Européenne ou le « groupe arabe », a un poids important dans les négociations car il représente un grand nombre de pays. Malheureusement, les pays d’Afrique de l’Ouest sont souvent peu représentés dans les négociations, et aux réunions de préparations du groupe Africain.

Il semblerait également que les pays africains tiennent à l’ONU une position parfois différente de la position qui est celle de la capitale, sur les DSSR par exemple. Cela provient surement du fait que les diplomates peuvent être éloignés des réalités de leur pays, notamment en ce qui concerne la promotion des DSSR, ou le renforcement de l’accès des adolescent·e·s et des jeunes aux services de santé reproductive.

Equipop :  Quel rôle la société civile ouest africaine a-t-elle tenu cette année ? Qu’est-ce qui peut être fait à l’avenir ?

C.C : Il y a une réelle place pour la société civile ouest africaine dans les négociations onusiennes telles que la Commission sur la Population et le Développement.

Pendant la commission, la société civile peut jouer un rôle d’accompagnement et d’explication auprès des délégations nationales. Sur le sujet de cette année, il était important de parler des réalités nationales (besoins et politiques) en matière de DSSR et des problèmes réels de populations, dans le but d’harmoniser la compréhension entre les capitales et les missions permanentes aux Nations Unies.

La société civile peut aussi avoir un rôle d’aide à la prise de décision, notamment si elle participe aux échanges et négociations du groupe africain : en expliquant ce que recouvre l’éducation complète à la sexualité, on peut par exemple faire comprendre l’importance de cet enjeu et calmer des croyances erronées.

A l’avenir, il est important que la société civile participe aux négociations du groupe Africain en amont des commissions. C’est à ce stade que les explications et réalités de terrain liées aux DSSR peuvent être utiles aux représentations permanentes. On pourrait imaginer une réunion de présentation de la situation du pays, entre la société civile et la représentation permanente, pour expliquer quelques points importants liés au thème de l’année, par exemple.

Enfin, je pense que des thèmes comme celui de cette année, « Changing population age structures and sustainable development » peut nécessiter la participation d’une personne du Ministère de la Santé, et notamment des responsables de la planification familiale et des questions de populations. Accompagnées de la société civile, ces personnes pourraient influer sur la définition de la position du groupe africain.

Equipop :  Que vous a appris votre participation à la CPD ? 

C.C : J’ai compris le fonctionnement de la diplomatie et des négociations internationales. Je me suis rapproché de la représentation diplomatique de mon pays et ai établi des contacts qui seront précieux dans les années à venir.

Ma participation à la CPD a aussi été l’occasion pour moi de participer à des échanges entre ONG œuvrant en faveur des DSSR. Ensemble, nous nous sommes coordonné·e·s pour maximiser notre influence sur les décisions prises par différents pays.

Equipop : Enfin, comment cette participation va impacter votre travail de retour au Burkina Faso ?

C.C : Outre une meilleure vision de l’articulation entre questions de populations et développement durable, je retire de cette expérience une véritable compréhension du rôle de la société civile dans la promotion des DSSR. Je vais tâcher d’impliquer de nouveaux acteurs de la société civile dans ces processus onusiens à travers une restitution, ainsi qu’en mettant en place un mécanisme de suivi au niveau national des engagements pris à la CPD.